Origine et histoire du Palais universitaire
Le palais universitaire de Strasbourg, surnommé « palais u », est un bâtiment emblématique de style néo-Renaissance construit entre 1879 et 1884 sous la direction de l’architecte Otto Warth. Il fut inauguré en 1884 par l’empereur Guillaume Ier de Prusse, dans le cadre de la création de la Kaiser-Wilhelms-Universität après l’annexion allemande de l’Alsace-Lorraine en 1871. Ce projet, porté par l’homme politique Franz von Roggenbach, visait à faire de Strasbourg un centre intellectuel allemand, remplaçant l’université française fondée en 1538 par le Gymnase Jean-Sturm. Le palais devint le cœur d’un campus moderne, incluant des instituts, un jardin botanique et un observatoire astronomique.
La façade du palais s’inspire de la Renaissance italienne, notamment du palais Pompéi de Vérone, avec 36 statues de savants et une allégorie d’Athéna. L’intérieur abrite une aula couverte d’une verrière à l’italienne, ornée de décors rappelant les palais génois. Parmi les éléments remarquables, une statue de Ramsès II (1938), offerte par l’égyptologue Pierre Montet, et un musée des moulages créé en 1884 par le professeur Adolf Michaelis, rassemblant des reproductions d’œuvres antiques. Le bâtiment symbolise aussi la réconciliation franco-allemande : en 2013, les statues allégoriques Germania et Argentina, disparues au XXe siècle, y furent restaurées.
Classé Monument historique en 1990 (hall, aula, escaliers, galeries), le palais a également accueilli un événement fondateur : la première session du Conseil de l’Europe du 10 août au 8 septembre 1949, réunissant 101 délégués de 12 pays. Aujourd’hui, il abrite les facultés d’arts, d’histoire et de théologie, ainsi que les Presses universitaires de Strasbourg. Son campus historique, avec ses bâtiments néo-Renaissance, reste un témoignage architectural et politique de l’histoire alsacienne.
Le palais a subi des transformations en 1941 et conserve des traces de son passé impérial, comme l’inscription LITTERIS ET PATRIAE (« Lettres et Patrie ») sur sa balustrade. Les façades, décorées de sculptures, et l’aula aux fresques inspirées des palais italiens, illustrent l’ambition culturelle de ses fondateurs. Le jardin botanique adjacent, héritier de l’ancienne université, et l’observatoire astronomique complètent cet ensemble universitaire, toujours actif après plus d’un siècle.
L’architecture du palais reflète les influences germaniques et italiennes, avec des détails comme les six pavillons d’angle ou le groupe sculptural allégorique (Athéna, l’Esprit, la Nature). Les matériaux, comme le calcaire de Bourgogne pour les statues restaurées, soulignent son ancrage régional. Le bâtiment incarne ainsi les tensions et les échanges culturels entre la France et l’Allemagne, tout en restant un lieu vivant de savoir et de mémoire.