Origine et histoire de la Papeterie
La papeterie Pasquay trouve ses origines en 1717, lorsque Benjamin Bury, fils d’un aubergiste de Wasselonne, fonde une papeterie exploitée par la force motrice de la rivière Mossig. Ce site, initialement dédié à la production de papier, s’étend progressivement pour inclure des moulins à huile, à farine et à tabac. En 1738, le couple Anne Marie Pasquay (née Bury) et Joseph Pasquay hérite du domaine de 15 hectares et y développe un moulin à tabac, profitant de la culture locale du tabac introduite en Alsace dès 1573. La famille Pasquay diversifie ensuite les activités, ajoutant une fabrique de papier peint, une teinturerie, et une filature au cours du XVIIIe siècle.
Au XIXe siècle, le site connaît une transformation majeure avec l’abandon progressif du papier au profit de la briqueterie, de la filature de laine, et d’une usine de blanchiment. En 1828, de grands bâtiments sont construits pour la production de briques et de tuiles, utilisant des innovations comme le four Hoffmann (breveté en 1858) et les tuiles à emboîtement (brevetées en 1841). Fritz Pasquay (1825–1893), figure politique et industrielle, invente un isolant en soie exporté jusqu’en Russie. L’apogée du site coïncide avec l’arrivée du chemin de fer en 1877, avec la création d’une gare dédiée (Papiermühl/La Papeterie) sur la ligne Saverne-Molsheim.
L’activité industrielle décline après l’incendie de la filature en 1881, marquant la fin de cette production. Seules persistent la tuilerie-briqueterie et l’usine à chaux jusqu’en 1954, date de la fermeture définitive. Le domaine, partiellement inscrit aux monuments historiques depuis 1988, conserve des vestiges architecturaux majeurs : la maison du directeur (1775, style néo-classique), des pavillons d’entrée, une cheminée de brique, et des fours industriels. Les intérieurs de la maison, autrefois ornés de peintures inspirées de Joseph Vernet, ont été en partie préservés, tout comme les jardins et fontaines du XVIIIe siècle.
L’organisation spatiale du site reflète son évolution : les bâtiments résidentiels et agricoles au sud, les ateliers industriels au nord le long de la Mossig, et une gare à l’extrémité sud-ouest. Les 17 hectares du domaine incluaient autrefois des vignes, des jardins potagers, et des logements ouvriers pour neuf familles. Aujourd’hui, la villa et une partie de la filature ont été restaurées, tandis que d’autres bâtiments, comme la briqueterie, sont en ruine. Le site illustre ainsi près de 250 ans d’histoire industrielle alsacienne, marquée par l’innovation et l’adaptation aux marchés.
Parmi les innovations techniques notables, le four Hoffmann a révolutionné la production de terre cuite par sa cuisson continue, tandis que les tuiles à emboîtement, primées à l’Exposition universelle de 1855, ont modernisé la couverture des toits. La famille Pasquay, dernière représentée par Pierre Pasquay, a marqué l’histoire locale en combinant entrepreneuriat et engagement politique, comme en témoigne la carrière de Fritz Pasquay. La fermeture en 1954 clôt un chapitre industriel, mais l’inscription au titre des monuments historiques en 1988 assure la préservation de ce patrimoine emblématique du Grand Est.