Origine et histoire
La synagogue de Thann, située au 5 rue de l’Étang, est édifiée entre 1859 et 1862 dans un style néo-byzantin par l’architecte Victor Heilmann, sur l’emplacement d’une ancienne grange-synagogue de 1817. Ce projet s’inscrit dans une volonté d’embellir la ville tout en répondant aux besoins religieux d’une communauté juive en expansion depuis le XVIIe siècle. L’édifice, caractérisé par ses arcades, voûtes en plein-cintre et dômes, intègre aussi un mikvé (bain rituel), un vestiaire et une maison pour le rabbin. Inaugurée le 10 juin 1862 par le rabbin Salomon Moock, la synagogue devient un symbole de la renaissance de la communauté après des siècles de persécutions.
La synagogue subit des dommages majeurs lors des bombardements de 1915 pendant la Première Guerre mondiale, nécessitant une restauration achevée en 1924. Pendant la Seconde Guerre mondiale, elle est saccagée par les nazis et transformée en local du Winterhilfswerk, avant d’être restituée à la communauté en 1948. Des campagnes de restauration ont lieu en 1975 et au XXIe siècle, notamment grâce à l’engagement de l’association Les Amis de la Synagogue de Thann, créée pour préserver ce patrimoine. Le site, incluant le vieux cimetière juif de la rue Humberger (avec des tombes datant du XVIIe siècle), est inscrit aux monuments historiques en décembre 2016.
La communauté juive de Thann, attestée dès le XIIIe siècle, connaît une histoire mouvementée, marquée par des vagues de persécution (bûchers en 1309, expulsions) et des périodes de renaissance, notamment après la guerre de Trente Ans (1648). Au XIXe siècle, elle compte jusqu’à 630 membres (1885), avant de décliner après les guerres mondiales. La synagogue, dernier témoignage architectural de cette présence, cesse d’accueillir des offices après 1983. Aujourd’hui, le lieu est valorisé lors d’événements culturels, comme les Journées Européennes de la Culture Juive, et bénéficie de soutiens comme celui de la Mission Bern (23 000 € en 2018).
Le mikvé, redécouvert en 2014 lors de fouilles archéologiques menées par l’INRAP, date de 1860 et était initialement situé dans une Badehaus (maison des bains) détruite pendant la Première Guerre. Le vieux cimetière juif, restauré en 2015, se distingue par ses stèles inspirées du gothique de la collégiale Saint-Thiébaut, reflétant une volonté d’harmonie avec l’architecture locale. Ces éléments, associés à la synagogue, forment un ensemble patrimonial rare, témoignant de l’histoire pluriséculaire des Juifs en Alsace.
Parmi les figures marquantes liées à la synagogue, le rabbin Salomon Moock (1858–1873) joue un rôle clé dans son inauguration et la fondation des écoles israélites locales. D’autres rabbins, comme Benjamin Meyer ou Jean Poliatschek (nommé en 1948), marquent son histoire, tout comme les ministres-officiants qui assurent les offices avant la Shoah. La communauté, décimée après 1944 (seulement 35 survivants), ne s’est jamais pleinement reconstituée, mais son patrimoine reste préservé grâce à des initiatives locales et nationales.
L’association Les Amis de la Synagogue de Thann œuvre pour la restauration du site et sa transformation en lieu de mémoire, avec des projets comme la création d’un musée juif dans l’ancienne maison du rabbin. La synagogue, lauréate du Loto du Patrimoine en 2018, bénéficie de financements publics et privés pour des travaux urgents (toiture, infiltrations). Des événements, comme les conférences du grand-rabbin Haïm Korsia (2023), perpétuent sa vocation culturelle et mémorielle.