Origine et histoire du Pavillon de musique
Le pavillon de musique, aussi appelé pavillon Ledoux, fut édifié entre décembre 1770 et janvier 1772 à Louveciennes (Yvelines) sur commande de Madame du Barry, dernière favorite de Louis XV. Conçu par l’architecte Claude-Nicolas Ledoux, alors en début de carrière, ce pavillon néo-palladien fut choisi malgré les avis défavorables d’autres architectes comme Ange-Jacques Gabriel. Son emplacement en surplomb de la Seine offrait une vue panoramique de 180°, de Paris jusqu’aux terrasses de Saint-Germain-en-Laye. Les travaux, dirigés par les entrepreneurs Lefaivre et Couesnon, furent réalisés en neuf mois seulement, avec des sculptures extérieures signées Feuillet et Métivier.
L’inauguration eut lieu le 2 septembre 1771 en présence de Louis XV, avec une pièce de théâtre, un souper en musique et un feu d’artifice. Les intérieurs, décorés par les plus grands artistes de l’époque, incluaient des bronzes ciselés par Pierre Gouthière et Pierre Deumier, des toiles de François Boucher (comme Le Couronnement de Flore), et des panneaux de Jean-Honoré Fragonard, dont Les Quatre Instants de l’Amour — finalement refusés par la comtesse et aujourd’hui exposés à la Frick Collection de New York. Des bustes de Madame du Barry et du roi, sculptés par Jean-Jacques Caffieri et Jean-Baptiste Lemoyne, ainsi que des boiseries dorées par Honoré Guibert, complétaient ce décor somptueux.
En 1773, satisfaire de son pavillon, Madame du Barry commanda à Ledoux les plans d’un grand château destiné à l’envelopper, mais la mort de Louis XV en 1774 interrompit le projet. Après la Révolution, la comtesse, guillotinée en 1793, vit ses biens confisqués. Le pavillon changea plusieurs fois de mains au XIXe siècle, subissant des transformations majeures : adjonction de combles mansardés en 1871, puis déplacement de 15 mètres en 1929 par François Coty, qui le reconstruit à l’identique avec une armature en acier et béton, sauvant ainsi l’édifice de sa dégradation avancée.
Au XXe siècle, le pavillon fut acquis par l’École américaine de Paris (1958), puis par Victor Moritz (1971), qui y organisa des réceptions avec des personnalités comme Valéry Giscard d’Estaing. En 1990, Julienne Dumeste, industrielle du meuble, le céda à sa fondation, qui entreprit une restauration complète entre 2002 et 2005 pour l’ouvrir au public. Classé Monument Historique en 1945, le pavillon fut cependant fermé en 2019 et mis en vente via Sotheby’s. En juillet 2025, il est acquis par Xavier Niel.
Architecturalement, le pavillon est considéré comme l’une des réalisations les plus abouties de Ledoux, illustrant le néo-palladianisme. Son plan original comprend une entrée en abside semi-circulaire, une salle à manger carrée flanquée de deux demi-cercles, et une enfilade de trois salons ouvrant sur la Seine. Les transformations ultérieures (surélévation, déplacement, création de dépendances sousterraines par Coty) altérèrent partiellement l’œuvre initiale, mais les restaurations successives ont préservé son essence.
Les décors intérieurs, partiellement dispersés (comme les boiseries transférées à l’hôtel de Saint-Florentin à Paris), témoignent du faste du XVIIIe siècle. Les toiles commandées à Joseph-Marie Vien, plus néoclassiques, remplacèrent celles de Fragonard. Aujourd’hui, le pavillon, bien que fermé au public depuis 2019, reste un symbole du patrimoine artistique et architectural français, mêlant histoire royale, audace technique et vicissitudes patrimoniales.