Origine et histoire de la Pension Belhomme
La pension Belhomme, située au 157-163 rue de Charonne dans le 11e arrondissement de Paris, était un ensemble de bâtiments aux usages variés, marqué par une histoire tumultueuse entre le XVIIIe et le XXe siècle. À l'origine, elle fut fondée vers 1765 par Jacques Belhomme, un menuisier de 28 ans, qui transforma son activité en une pension pour personnes âgées et malades mentaux après avoir élevé contre rémunération le fils handicapé d'un noble. Cette initiative, plus lucrative que la menuiserie, fit de Belhomme un entrepreneur avisé dans le domaine des soins psychiatriques, attirant même l'attention de Philippe Pinel, pionnier de la psychiatrie moderne. La pension devint ainsi un lieu pionnier dans le traitement des maladies mentales, bien avant que la psychiatrie ne soit institutionnalisée.
Pendant la Révolution française, la pension Belhomme fut réquisitionnée par l'État en 1793 pour servir de prison de luxe pour les suspects fortunés, grâce à sa structure adaptée avec des barreaux. Jacques Belhomme profita de cette situation pour transformer son établissement en un lieu où les prisonniers aisés pouvaient payer pour des conditions de détention plus confortables. Parmi les illustres pensionnaires figurent la duchesse de Gramont, la duchesse du Châtelet, et l'avocat Linguet, qui y côtoyèrent des fous et des anonymes. Belhomme étendit même ses activités en achetant l'hôtel de Chabanais voisin, confisqué à un noble émigré, pour agrandir sa prison privée. Cependant, son système corrompu fut découvert en 1794, entraînant son arrestation et sa condamnation, bien qu'il échappa finalement à la guillotine grâce à la chute de la Terreur.
Au XIXe et XXe siècles, les bâtiments de la pension Belhomme furent progressivement démolis, à l'exception de l'hôtel de Chabanais, inscrit aux monuments historiques, qui fut détruit en 1972 pour laisser place à un immeuble moderne. Aujourd'hui, le square Colbert, situé à l'emplacement de l'ancienne pension, abrite un pavillon néoclassique utilisé comme centre communal d'action sociale pour les seniors. Ce lieu, chargé d'histoire, rappelle à la fois les débuts de la psychiatrie et les excès de la Révolution française, tout en servant aujourd'hui de lieu de mémoire et de service public.