Origine et histoire du Phare de Chausey
Le phare de Chausey, situé sur la Grande-Île de l’archipel de Chausey près de Granville, fut construit entre 1846 et 1847 pour sécuriser une zone maritime rendue périlleuse par ses nombreux îlots. Initié en 1842 sous l’impulsion du secrétaire d’État Lefous, ce projet complétait le plan de signalisation de 1825, qui ne prévoyait qu’un seul phare à Granville. Les ingénieurs Léonce Reynaud et Charles-Félix Morice de la Rue s’inspirèrent du phare de Carteret, déjà réalisé par Reynaud, pour concevoir une tour carrée en granite bleu local, accolée à un bâtiment d’habitation pour les gardiens. La construction, confiée à des entrepreneurs caennais, utilisa exclusivement des pierres des carrières de l’île.
Mis en service le 27 mai 1848, le phare fut équipé d’une première optique alimentée à l’huile végétale, remplacée vers 1875 par de l’huile minérale. En 1903, une nouvelle optique (feu éclair de 3e ordre) fut installée, suivie d’une électrification en 1949 après des dommages subis lors d’une attaque allemande en 1945. Entre 1955 et 1957, une salle des machines EDF fut ajoutée pour alimenter l’île. Automatisé en 2008, le phare est aujourd’hui géré par la subdivision des Phares et Balises de Granville. Il fut inscrit aux monuments historiques en 2009, incluant ses murets et son magasin à poudre.
Architecturalement, le phare se distingue par sa tour carrée de 19 mètres, surmontée d’une balustrade à dés en encorbellement, alignée sur un bâtiment rectangulaire en pierre de taille. Les logements des gardiens, conçus pour leur confort, comprenaient des chambres indépendantes avec alcôves et cabinets. Le site inclut aussi des annexes comme une buanderie (1885), des celliers, et un puits. L’optique actuelle, datée de 1959, est une cuve à mercure BBT avec un feu à éclats blancs d’une portée de 23 milles, alimenté par une lampe halo de 250 W.
Le phare de Chausey joua un rôle clé dans la signalisation maritime régionale, complétée par deux feux secondaires sur l’archipel (La Crabière et Le Pignon). Son histoire reflète les évolutions technologiques des phares français, passant de l’huile végétale à l’électricité, tout en conservant son rôle de balise essentielle pour la navigation dans la Manche. Aujourd’hui, il reste un témoignage architectural et technique du XIXe siècle, protégé et toujours en activité.