Origine et histoire du Phare de Cordouan
Le phare de Cordouan, situé sur le plateau rocheux éponyme à 7 km au large du Verdon-sur-Mer (Gironde, Nouvelle-Aquitaine), est édifié entre 1584 et 1611 sous la direction de l’ingénieur Louis de Foix. Commandé par le maréchal de Matignon en présence de Michel de Montaigne, ce phare royal est conçu comme une « œuvre royale » pour sécuriser l’estuaire de la Gironde, alors zone de navigation périlleuse. Son architecture Renaissance, enrichie de décors somptueux comme l’appartement du Roi ou une chapelle marmoréenne, lui vaut les surnoms de « Versailles de la mer » ou « roi des phares ».
Dès le XIe siècle, des moines ermites occupent l’îlot de Cordouan, sonnant une cloche et allumant des feux pour guider les marins, comme en témoigne une charte de l’abbaye de Cluny (1088). Au XIVe siècle, le Prince Noir, fils d’Édouard III d’Angleterre, y fait construire une tour fortifiée abandonnée deux siècles plus tard. La construction actuelle commence en 1584, mais Louis de Foix meurt en 1602 avant son achèvement. Son fils, puis François Beuscher, terminent les travaux en 1611. Le phare, haut de 37 mètres à l’origine, est rehaussé à 60 mètres en 1789 par Joseph Teulère, qui y installe le premier feu tournant à réverbères paraboliques.
Le phare de Cordouan marque l’histoire des techniques maritimes : il accueille en 1823 le premier appareil lenticulaire de Fresnel, révolutionnant l’éclairage des côtes. Électrifié en 1948 et automatisé en 2006, il reste un symbole de l’innovation, avec une portée de 22 milles nautiques. Classé Monument Historique dès 1862 et inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO en 2021, il attire 24 000 visiteurs annuels. Sa chapelle, unique au monde dans un phare, accueille encore des cérémonies religieuses. Les défis contemporains incluent la protection contre l’érosion marine, comme en témoignent les travaux de 2005 (cuirasse en béton armé).
La gestion du site est aujourd’hui partagée entre l’État (propriétaire) et le SMIDDEST, syndicat mixte regroupant collectivités locales (Gironde, Charente-Maritime, Nouvelle-Aquitaine). Bien que entièrement automatisé, le phare conserve une présence humaine pour l’entretien et l’accueil du public. Son accès, limité aux marées basses, ajoute à son mystère. Les gardiens, autrefois logés sur place, assurent désormais des rotations pour préserver ce patrimoine exceptionnel, témoin de dix siècles d’histoire maritime.
L’architecture du phare mêle styles Renaissance (étages inférieurs) et Louis XVI (surélévation du XVIIIe siècle). Le socle, construit avec 300 pierres de taille charentaises, abrite des citernes collectant l’eau de pluie, tandis que la lanterne culmine à 60,30 mètres. Les intérieurs abritent des pièces remarquables comme la salle des Girondins ou la salle des veilles, où les gardiens assuraient jadis une surveillance permanente. Le phare, visible à 22 milles, guide toujours les navires entre l’Atlantique et l’estuaire, entre les passes Ouest et Sud.