Origine et histoire
Le phare de la Jument se dresse sur le récif d'Ar Gazeg, « la jument » en breton, au large d'Ouessant, en mer Celtique. Son nom, attesté sous diverses graphies depuis le XVIIe siècle, renvoie au rocher qui, selon la toponymie nautique bretonne, évoque la silhouette de l'équidé ; il peut aussi rappeler l'expression poétique ar gazeg c'hlas, la « jument bleue », pour désigner la mer calme. La construction du phare, réalisée entre 1904 et 1911, a été rendue possible grâce au legs de 400 000 francs de Charles‑Eugène Potron, membre de la Société de Géographie de Paris. Un décret ministériel du 20 février 1904 précisa les caractéristiques générales de l'ouvrage, destiné à signaler l'entrée des courants violents du Fromveur où de nombreux naufrages avaient eu lieu. Les repérages et le choix de l'emplacement, modifiés après de premières études, visant à compléter la signalisation des phares voisins, furent menés sous la direction technique de l'ingénieur en chef Henri‑Louis‑Émile Willotte. Les travaux, dirigés par Georges Clet Heurté, conducteur principal des Ponts et Chaussées qui avait déjà participé à la construction du phare de l'Île Vierge, progressèrent malgré les conditions difficiles et les accès périlleux au rocher. La réalisation connut des contraintes importantes : peu d'heures d'accès les premières années, variations de dépenses annuelles pour le gros œuvre et un retard de sept mois sur le calendrier prévu ; le feu fut néanmoins allumé le 15 octobre 1911 et les aménagements intérieurs achevés trois ans plus tard. Le coût total de construction fut estimé à 850 000 francs. Peu après sa mise en service, la tour subit les effets d'une tempête qui la fit vibrer et endommagea la lanterne ; des crédits pour consolider l'édifice ne furent débloqués qu'en 1914. Durant la Première Guerre mondiale, le feu fut éteint et une campagne de renforcement des fondations, incluant la pose d'une cuirasse en béton armé, eut lieu entre décembre 1917 et novembre 1918. Des fissures persistant dans le fût, des haubans métalliques furent posés en 1934. En septembre 1974, une tempête provoqua de lourds dégâts à la lanterne et contraignit les gardiens à se mettre à l'abri ; le mercure de la cuve de l'optique déborda et dut être récupéré. Le phare fut automatisé et abandonné par ses gardiens le 26 juillet 1991. D'autres débordements de mercure sont signalés en 2014 ; la lanterne fut remplacée en 2015 par un système optique à LED et un panneau solaire installé en 2023 alimente désormais l'installation, complétée par un groupe électrogène de secours. Le site a été inscrit au titre des monuments historiques par arrêté du 31 décembre 2015, puis classé sur proposition de la Commission nationale des monuments historiques le 20 avril 2017. La Jument a acquis une notoriété internationale grâce à une série de sept clichés pris par Jean Guichard le 21 décembre 1989, montrant le phare pris d'assaut par une vague alors que le gardien Théodore Malgorn se tient sur le seuil ; l'une de ces images est utilisée dans le film Les Infiltrés de Martin Scorsese. Lors d'une campagne de mesures en hiver 2017‑2018, une hauteur de vague maximale de 24,60 m a été relevée. L'écrivain Henri Queffélec a consacré au phare le roman Le Phare, et sa suite, La Lumière enchaînée, traite des travaux de renforcement. Sur le plan nautique, le feu actuel est rouge, produit par un fanal à LED de 3 × 12 watts, et émet trois éclats groupés toutes les douze secondes. Enfin, la disparition du trois-mâts Catarina Stockholm en 1896, dans les parages du raz de Sein près du récif de la Jument, est évoquée dans la mémoire maritime locale et a donné son nom à une gwerz qui a contribué à retrouver les restes de l'épave.