Origine et histoire
Le phare de la Vieille, implanté sur le rocher de Gorlebella dans le raz de Sein à l'ouest de la pointe du Raz (commune de Plogoff), éclaire et sécurise ce passage dangereux en liaison avec la tourelle de la Plate et le phare de Tévennec. Construit entre 1882 et 1887, l'édifice présente une silhouette de inspiration médiévale reposant sur un soubassement carré en kersantite bleu‑vert; la tour, quadrangulaire et légèrement évasée vers le sommet, se termine par un couronnement crénelé et la plate‑forme qui porte la lanterne. L'extension demi‑cylindrique de la face nord contient l'escalier à vis en pierre qui dessert les cinq niveaux, organisés de manière fonctionnelle sur une surface réduite. Au rez‑de‑chaussée se trouvent les groupes électrogènes, les citernes et le matériel d'accostage ; au‑dessus s'enchaînent l'atelier et le magasin d'huiles, la cuisine, la chambre et la salle de veille sous la lanterne. La construction, préparée par des campagnes d'études et d'accostages en 1879‑1880, s'est appuyée sur l'expérience acquise sur d'autres phares en mer et a nécessité la mise en œuvre de plates‑formes et d'organeaux d'amarrage pour permettre l'approvisionnement et la maçonnerie. La taille de la roche, la violence des courants et les courtes périodes calmes imposèrent des campagnes de travail saisonnières et des dispositifs de mouillage complexes; la maçonnerie du soubassement et de la plate‑forme est hourdée au ciment Portland gâché à l'eau de mer, le reste ayant été réalisé à l'eau douce. Les travaux ont été conduits sous la direction d'ingénieurs des Ponts et Chaussées et la direction de chantier a été assurée depuis l'île de Sein, base logistique et de stockage des pierres de taille. Le feu de la Vieille a été allumé en 1887 et a alors remplacé les feux d'alignement de la pointe du Raz. Pendant son histoire le signal a été successivement amélioré : feu fixe initial, système d'occultations, renforcement du brûleur au pétrole, adjonction d'un signal de brume, et installation en 1939 d'une caractéristique à trois occultations (2+1) blanche, rouge et verte se répétant toutes les 12 secondes, d'une portée de 18 milles ; la lanterne de 3 mètres reçoit aujourd'hui une lampe halogène de 250 W. Le phare a fonctionné au moyen de combustibles variés, de l'huile minérale à la vapeur de pétrole, avant son électrification et son automatisation en 1995 ; les groupes électrogènes servaient à la vie des gardiens et non au feu lui‑même, qui a fonctionné à la vapeur de pétrole jusqu'au début de 1995. L'isolement et la rudesse du site ont marqué son histoire, notamment lors du grave événement de 1926 : deux gardiens mutilés de guerre, affectés malgré leur état, se trouvèrent en détresse pendant des semaines au cours d'un gros temps, la détresse fut médiatisée après la perte d'une goélette locale et se conclut par un sauvetage rendu possible par des pêcheurs et gardiens d'autres phares ; cette affaire provoqua une révision des règles d'affectation des mutilés de guerre dans les phares en mer. Jusqu'à son automatisation, la relève se faisait par cartahu, procédure délicate consistant à haler un gardien assis sur un « ballon » depuis la vedette, puis plus tard grâce à un système Temperley ; le Temperley et sa tour ont disparu lors des transformations et d'une tempête en 2008, et l'accès courant se fait désormais par hélitreuillage. L'automatisation a été mise en œuvre en 1995 et le phare est télécontrôlé depuis l'île de Sein ; depuis lors des travaux de sécurisation d'accès ont été réalisés, le mât de charge Temperley ayant été arraché lors d'une violente tempête et non remplacé. Privé d'occupation permanente, le bâtiment a souffert de dégradations ; la lanterne installée en 1886 a été retirée pour restauration en 2019 et remplacée provisoirement, tandis que des associations nationales ont signalé la dégradation progressive du site depuis l'automatisation. D'un point de vue architectural, le choix d'un plan quadrangulaire trapu et crénelé, l'emploi de granite de l'île de Sein pour les parements et de kersanton pour les encadrements et angles, ainsi que le traitement ornemental du crénelage et de la balustrade témoignent d'une recherche d'esthétique et d'une volonté de rendre l'édifice facilement identifiable en mer. Le phare, qui reste habitable pour des interventions ponctuelles, appartient à l'État et a été inscrit puis classé au titre des monuments historiques. Il occupe une place dans la culture locale et nationale, évoquée dans la littérature, le cinéma et figurant notamment sur un carnet de timbres consacré aux repères côtiers.