Origine et histoire
Le phare de Nividic, mis en chantier dès 1912, est le premier phare automatisé jamais construit au monde. Il était alors équipé de deux optiques alimentées à l'électricité, d'un feu de secours automatique au gaz et d'une sirène actionnée par deux compresseurs électriques à démarrage automatique. Situé au large de la pointe de Pern, à l'ouest de l'île d'Ouessant en Bretagne, il marque le point le plus à l'ouest de la France métropolitaine et tire son nom du rocher Leurvaz an Ividig sur lequel il repose. Construit entre 1912 et 1936, il a fonctionné pendant quatre ans avant d'être abandonné pendant la Seconde Guerre mondiale, puis réhabilité au début des années 1950 et rénové à plusieurs reprises ; il est toujours en service aujourd'hui. Sur proposition de la Commission nationale des monuments historiques, il a été classé au titre des monuments historiques le 20 avril 2017.
La décision de construire le phare fut signée le 5 janvier 1910 et le Service des Phares souhaitait réutiliser l'équipe qui venait d'achever le phare de la Jument ; le coût initial était estimé à 160 000 francs‑or. Les travaux furent dirigés par les ingénieurs Pigeaud et Montigny, sous la conduite du conducteur Heurté de la subdivision d'Ouessant. Un avant‑projet présenté le 9 mars 1912 définissait la forme, les matériaux et les techniques de construction, tandis que les équipements de signalisation restaient à définir en raison du caractère inédit du projet : un phare entièrement automatisé commandé depuis le phare du Créac'h sur Ouessant.
Les premiers travaux de maçonnerie commencèrent à l'été 1912, mais le rocher et la zone d'implantation, exposés à de violents courants et à de nombreux récifs, rendaient la construction délicate et dangereuse, obligeant à limiter la production à une cinquantaine de mètres cubes de maçonnerie par an entre 1913 et 1916. L'équipe qui avait travaillé à la Jument, disposant d'un équipement adapté et du bateau de travaux Eugène Potron, fut retenue pour ces opérations, et un défaut constaté au phare voisin entraîna ponctuellement un ralentissement des travaux. En 1926, la tour atteignait 26 mètres au‑dessus de la roche, puis 33 mètres en 1929 ; une ceinture de béton renforça la base malgré les réserves de l'ingénieur Cône, et le gros œuvre fut définitivement achevé en 1933.
Le 19 mars 1928, les études validèrent la construction de pylônes en béton, d'une ligne électrique aérienne et d'un petit téléphérique, solutions retenues faute d'une option sous‑marine jugée trop coûteuse et peu pérenne ; ces installations furent réalisées entre 1928 et 1936 malgré des oppositions. Les équipements d'éclairage et de signalisation furent posés entre 1929 et 1936 : le feu de secours à gaz fonctionna à partir d'octobre 1931, les campagnes de tests commencèrent à l'été 1933 et le feu électrique fut allumé en 1936.
Après quatre années de fonctionnement, le feu dut être éteint en 1940 à la suite de l'arrivée des troupes allemandes sur Ouessant ; pendant l'occupation les câbles aériens se corrodirent et se rompirent, rendant l'accès au phare très difficile. À la fin de la guerre la décision fut prise d'abandonner définitivement le téléphérique et l'accès se limita aux visites par mer lorsque les conditions le permettent, ce qui pesa sur la fiabilité des installations. Entre 1945 et 1952 le phare resta sans exploitation effective, et les tentatives de remise en service du feu de secours au gaz en 1952 furent contrariées par les difficultés d'accès et d'approvisionnement.
En 1953 un nouveau câble électrique fut posé mais le feu principal resta intermittent et aucune visite corrective ne put avoir lieu entre février 1953 et août 1955 ; la situation ne fut stabilisée qu'après l'introduction d'un accès aérien par hélicoptère. À partir de 1958 une plateforme en bois de 5 × 5 m fut expérimentée au‑dessus de la lanterne, puis utilisée pour une grande rénovation engagée en mai 1959 nécessitant 206 rotations de l'hélicoptère de la Protection civile ; la plateforme fut remplacée en 1971 par une structure en alliage. À cette époque l'alimentation électrique par câble fut définitivement abandonnée au profit d'un approvisionnement en bombonnes de gaz assuré par voie aérienne, ce qui fiabilisa temporairement le fonctionnement. Depuis 1996 le phare fonctionne de nouveau à l'électricité grâce à l'installation de neuf panneaux solaires et de batteries qui lui assurent une autonomie sans câble aérien.
La conception du phare, non habité et commandé à distance, a conduit à de multiples innovations techniques et à des révisions successives pour tenir compte des contraintes géographiques et économiques. La tour, construite en béton et d'abord octogonale, a vu sa base transformée en une forme plus circulaire lors des consolidations ; haute de 35,5 mètres, elle était initialement pleine et fut ensuite creusée dans sa partie supérieure pour aménager trois locaux techniques et de stockage superposés. L'accès par la mer se faisait au moyen d'une échelle permanente scellée au mur extérieur, voie dangereuse conçue pour être complétée par le téléphérique.
En 1928 la liste des équipements retenus comprenait un feu électrique contrôlé à distance, un feu de secours à gaz, une corne de brume avec compresseurs alimentés par la ligne électrique, ainsi que des groupes compresseurs, réservoirs et locaux de stockage dans les salles inférieures. La grande rénovation de la fin des années 1960 et du début des années 1970 apporta la piste héliportée et permit le passage temporaire au gaz pour la lanterne ; les installations ont ensuite évolué vers l'autonomie électrique, tandis que le feu à gaz et les dispositifs sonores sont aujourd'hui abandonnés.