Origine et histoire du Phare du Grand-Charpentier
Le phare du Grand-Charpentier, situé à 1,3 mille au large de la pointe de Chémoulin à Saint-Nazaire, a été construit entre 1884 et 1887 pour baliser le chenal de navigation de l’estuaire de la Loire. Ce phare en mer, de 27,60 mètres de haut, est une tour tronconique en maçonnerie de granit, surmontée d’une lanterne verte. Il remplace une série de balises et tourelles détruites par les tempêtes entre 1826 et 1887. Son accès, difficile, se fait uniquement par une jetée de 56 mètres, praticable avant la basse mer.
En 1808, l’architecte Mathurin Crucy propose un projet de phare pyramidal inspiré de la campagne d’Égypte, dans le cadre d’un vaste plan d’aménagement du port de Saint-Nazaire présenté à Napoléon Ier. Bien que l’idée ait été retenue, le projet reste à l’état de dessin. La construction actuelle, décidée en 1883, est réalisée par l’entrepreneur Renaud pour un coût de 300 000 francs or. Le phare est allumé pour la première fois le 16 janvier 1888, équipé d’un feu à éclats réguliers de 5 secondes.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, le phare est éteint et n’est rallumé qu’en août 1945. Entre 1954 et 1967, il subit plusieurs modernisations : installation d’un aérogénérateur en 1954, électrification en 1966, et automatisation en 1967, bien que les gardiens restent jusqu’en 1972. Une plateforme pour hélicoptère, ajoutée en 1967, est démontée en 1987. Le phare est inscrit aux monuments historiques le 22 novembre 2011.
Le 17 juin 1940, à proximité du phare, se produit le naufrage du RMS Lancastria, torillé par les Allemands, marquant un épisode tragique de la Seconde Guerre mondiale. Aujourd’hui, le phare ne se visite pas et reste un élément clé du dispositif de signalisation maritime de l’estuaire, aux côtés d’autres phares comme ceux de la Banche ou du Pilier.
La structure actuelle, en granit de Batz-sur-mer, comprend une tour cylindrique avec un escalier en fonte hélicoïdal, trois niveaux intérieurs (magasin, cuisine, chambres des gardiens), et une lanterne modifiée en 1967. Son feu scintillant, avec des secteurs blancs, rouges et verts, a une portée de 14 milles. La jetée d’accès, en pierre de taille, permet un débarquement limité, reflétant les contraintes logistiques de ce phare en mer.
Le phare du Grand-Charpentier illustre l’évolution des techniques de signalisation maritime, depuis les balises en fer du XIXe siècle jusqu’à l’automatisation moderne, tout en témoignant de l’histoire portuaire et militaire de Saint-Nazaire et de l’estuaire de la Loire.