Origine et histoire du Phare de l'Île Vierge
Le phare de l'île Vierge est un édifice maritime emblématique situé sur un îlot granitique à 1,4 km de la côte de Plouguerneau, dans le Finistère. Construit entre 1842 et 1845 sous la direction de l'ingénieur Léonce Reynaud, le premier phare était une tour carrée de 33 mètres en granit local, équipée d'une lentille de Fresnel fonctionnant d'abord à l'huile de colza. Il signalait l'entrée de l'Aber Wrac'h aux côtés du sémaphore de l'île Wrac'h et du clocher de Plouguerneau. Son feu fixe blanc, visible à 14 milles, fut allumé pour la première fois le 15 août 1845. Une corne de brume, aujourd'hui inactive, complétait le dispositif.
Dès 1863, l'insuffisance de sa puissance lumineuse conduisit à envisager son remplacement. Un premier projet, jugé trop austère, fut rejeté en 1896 au profit d'un nouveau plan adopté en 1897. Le phare actuel, construit entre 1897 et 1902, culmine à 82,5 mètres, devenant le plus haut d'Europe et le plus haut phare en pierre de taille au monde. Sa structure tronconique à triple paroi, revêtue intérieurement de 12 500 plaques d'opaline bleu azur, abrite un escalier de 397 marches. Allumé le 1er mars 1902 avec un feu aux vapeurs de pétrole, il fut électrifié en 1956 et automatisé en 2010.
L'île Vierge, ancienne terre monastique et stratégique, fut acquise par l'État en 1844 auprès du sieur Goyon de Coëpel. Le chantier du second phare mobilisa en 1899 sept maçons du Cap Sizun – réputés pour leur savoir-faire – et dix-huit manœuvres locaux, souvent pêcheurs sans emploi. Les maçons, logés sur place dans des baraquements pour 4,50 francs par jour, bénéficiaient d'une cantine, tandis que les manœuvres, payés 2 à 2,50 francs, regagnaient Plouguerneau chaque soir en barque. Les pierres proviennent des carrières locales, notamment de Kersanton pour le parement extérieur.
Classé monument historique le 23 mai 2011, le site comprend les deux phares, leurs enclos, un môle et des murs de soutènement. L'ancien phare, désaffecté, sert désormais d'amer, tandis que le grand phare, visitable, est télécontrôlé depuis Ouessant. Une ancienne maison de gardiens a été transformée en écogîte après 33 mois de travaux. L'île, accessible à pied lors des grandes marées ou en bateau, abrite aussi un radiophare et les vestiges d'un couvent du XVe siècle dédié à la Vierge Marie.
Le phare actuel balaie 52 km autour du nord-Finistère, visible jusqu'à mi-Manche par temps clair. Son optique d'origine, remplacée en 1956, fonctionnait avec une lentille de Fresnel. Des aérogénérateurs, installés en 1967 pour son alimentation électrique, furent retirés en 1994. La dernière relève de gardiens eut lieu le 29 octobre 2010, marquant la fin d'une ère de surveillance humaine continue sur ce site chargé d'histoire maritime et religieuse.