Frise chronologique
Néolithique
Construction du menhir
Construction du menhir
Néolithique (≈ 4100 av. J.-C.)
Période estimée d'érection de la pierre.
57 av. J.-C.
Légende de Hoël (contexte)
Légende de Hoël (contexte)
57 av. J.-C. (≈ 100 av. J.-C.)
Suicide du chef gaulois (récit légendaire).
1832
Première description écrite
Première description écrite
1832 (≈ 1832)
Par Auguste Le Prévost, historien normand.
1896
Interprétation du « visage »
Interprétation du « visage »
1896 (≈ 1896)
Alphonse-Georges Poulain y voit une tête humaine.
1901
Menace de destruction
Menace de destruction
1901 (≈ 1901)
Vente du terrain et extraction de sable.
6 décembre 1934
Classement monument historique
Classement monument historique
6 décembre 1934 (≈ 1934)
Protection définitive du menhir.
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui (≈ 2025)
Position de référence.
Patrimoine classé
Menhir dit Pierre de la Joure : classement par arrêté du 6 décembre 1934
Personnages clés
| Auguste Le Prévost - Historien normand |
Premier à décrire le menhir (1832). |
| Léon Coutil - Président de la Société préhistorique française |
A sauvé le menhir de la destruction (1901). |
| Alphonse-Georges Poulain - Abbé et archéologue amateur |
A interprété une tête humaine (1896). |
| Hoël - Chef gaulois (légendaire) |
Personnage central d’une légende locale. |
| Publius Crassus - Général romain (57 av. J.-C.) |
Cité dans la légende de Hoël. |
Origine et histoire
La Pierre de la Joure est un menhir en grès ferrugineux mesurant 4,5 mètres de hauteur, situé à la limite des communes de Saint-Ouen-d’Attez, Saint-Nicolas-d'Attez et Condé-sur-Iton, dans l’Eure. Ce bloc massif, daté du Néolithique, présente une forme effilée avec une fente sommitale et des crevasses profondes sur sa face ouest. Son emplacement actuel, en bordure d’un étang artificiel créé par l’extraction de sable au début du XXe siècle, explique son inclinaison progressive due à l’affaiblissement du sol.
Le site a livré de nombreux outils préhistoriques (silex taillés, haches, grattoirs, pointes de flèches), attestant d’une occupation humaine prolongée depuis le Paléolithique. Deux haches amygdaloïdes et des pointes moustériennes, découvertes dans les environs, confirment l’ancienneté de la fréquentation du lieu. Le menhir lui-même, décrit pour la première fois en 1832 par Auguste Le Prévost, a failli disparaître en 1901 lorsque son terrain marécageux fut vendu à un entrepreneur exploitant les alluvions de l’Iton. Sauvé in extremis par Léon Coutil, président de la Société préhistorique française, il fut finalement classé monument historique le 6 décembre 1934.
Une légende locale associe la pierre à un chef gaulois nommé Hoël, qui se serait suicidé devant elle lors de l’invasion romaine en 57 av. J.-C., après la prise d’Évreux par Publius Crassus. Une autre tradition raconte que le menhir, surnommé « Pierre de Gargantua », s’ouvrirait la veille de Noël pour révéler un trésor, piégeant parfois la main des cupides tentant de s’en emparer. Ces récits reflètent l’importance symbolique du site, lieu de culte et de mémoire pour les populations locales depuis des millénaires.
La face ouest du menhir présente une protubérance que l’abbé Alphonse-Georges Poulain interpréta en 1896 comme une représentation schématique d’un visage humain, avec trois petits trous évoquant les yeux et le nez. Cette hypothèse, bien que spéculative, illustre les tentatives d’attribuer une signification rituelle ou commémorative à ce mégalithe. Les outils néolithiques retrouvés aux alentours suggèrent que la pierre pouvait marquer un territoire ou servir de repère pour des activités collectives, comme la taille du silex ou des rassemblements saisonniers.
L’étang adjacent, créé accidentellement par l’extraction de sable au début du XXe siècle, a modifié durablement le paysage autour du menhir. Les travaux, menés à proximité immédiate de l’Iton, ont fragilisé les fondations de la pierre, provoquant son inclinaison actuelle. Malgré ces perturbations, le classement de 1934 a permis de préserver ce témoignage exceptionnel des pratiques mégalithiques en Normandie, tout en alimentant un imaginaire local mêlant histoire gauloise, folklore médiéval et croyances païennes.