Pierre de Matafin de Chardonnay en Saône-et-Loire

Patrimoine classé Mégalithes Dolmens

Pierre de Matafin de Chardonnay

  • D56
  • 71700 Chardonnay
Pierre de Matafin de Chardonnay
Pierre de Matafin de Chardonnay
Pierre de Matafin de Chardonnay
Pierre de Matafin de Chardonnay
Crédit photo : Clément Bucco-Lechat - Sous licence Creative Commons
Propriété de la commune

Frise chronologique

Néolithique
Âge du Bronze
Âge du Fer
Antiquité
Haut Moyen Âge
Moyen Âge central
Bas Moyen Âge
Renaissance
Temps modernes
Révolution/Empire
XIXe siècle
Époque contemporaine
4100 av. J.-C.
4000 av. J.-C.
0
1900
2000
Néolithique
Origine du site
1915
Signalement du site
1919
Fouilles initiales
1922
Restauration partielle
24 août 1934
Classement historique
1979-1980
Fouilles de sauvetage
Aujourd'hui
Aujourd'hui

Patrimoine classé

Dolmen dit Pierre-de-Matafin : classement par arrêté du 24 août 1934

Personnages clés

Jouvenceau Instituteur ayant signalé le site et mené les premières fouilles en 1919.
Jeanton et Lafay Archéologues ayant classé l’édifice parmi les dolmens trilithes en 1924.

Origine et histoire de la Pierre de Matafin

La pierre de Matafin, située sur la commune de Chardonnay en Haut-Mâconnais (Saône-et-Loire), se trouve à quelques centaines de mètres au nord de la route départementale de Tournus à Lugny, d’où elle est accessible. Identifiée à tort comme un dolmen au début du XXe siècle, cette interprétation a été infirmée par une fouille archéologique menée en 1980. Les actes du chapitre de Saint-Vincent de Mâcon la mentionnent comme pierre de justice. En 1915, l’instituteur Jouvenceau signale le site à la Société des amis des arts et des sciences de Tournus et il y effectue des fouilles en 1919. En 1922, il replace une dalle en position horizontale, que la tradition orale disait avoir surmonté autrefois deux dalles verticales et qui aurait été retirée vers 1840 ; cette intervention conduit Jeanton et Lafay, en 1924, à classer l’édifice parmi les dolmens trilithes, puis l’édifice est inscrit aux monuments historiques le 24 août 1934 en tant que dolmen. Pendant la Seconde Guerre mondiale, la dalle horizontale est renversée et brisée en deux; menacé par des fouilles clandestines, le site fait l’objet d’une fouille de sauvetage en 1979-1980.

L’édifice se compose de deux dalles de calcaire dressées parallèlement, orientées nord-sud et séparées par un espace inférieur à 0,35 m, contrairement à la mesure de 0,80 m fournie par Jeanton et Lafay dont les dimensions sont exagérées. La dalle côté ouest est un bloc naturel long de 3,90 m, émergeant du sol sur 1,60 m au maximum, avec une épaisseur variant d’un peu plus d’un mètre à la base à 0,20 m au sommet; les fouilles de 1919 s’arrêtèrent avant d’en atteindre la base à plus de 2 m de profondeur. Les opérations de 1980 ont montré que cette dalle est l’émergence du substrat rocheux, dont le pendage est pratiquement vertical à cet endroit ; elle est traversée d’une fissure verticale, sa face est plane à l’est et très irrégulière, percée de nombreux trous, à l’ouest. La seconde dalle, d’origine anthropique, mesure 2,15 m de longueur sur 1,20 m de hauteur pour une épaisseur moyenne de 0,40 m; elle repose sur le sol sans fosse de calage, sa face orientale est à peu près plane tandis que la face occidentale présente un fort renflement à la base et de nombreux trous horizontaux. Sur des photographies de 1922 la dalle paraît parfaitement verticale, mais elle s’est depuis légèrement inclinée vers l’ouest. Contrairement aux indications de Jeanton et Lafay, aucune gravure en forme de rouelle n’orne l’une des dalles.

Aucune trace d’inhumation n’a été découverte ni lors des fouilles de 1919 ni lors de celles de 1980. Les travaux de 1919 livrèrent peu de matériel : un grand silex de 14,5 × 7,7 cm, un biface retouché en forme de tranchoir et quelques tessons que Jeanton et Lafay ont datés à tort des périodes protohistorique et gallo-romaine. Les fouilles de 1980 ont mis au jour du matériel lithique, des tessons de céramique, quelques vestiges osseux et des éléments métalliques (clous) retrouvés autour des pierres. Le mobilier lithique comprend quarante-trois silex, dont la moitié de très petite taille, parmi lesquels deux nucléus, un éclat laminaire, un fragment de lamelle, une ébauche d’armature de flèche perçante et cinq éclats retouchés ; la lamelle et l’armature de flèche ont été attribuées au Néolithique final. Les tessons correspondent majoritairement à une poterie grise ou noire au dégraissant abondant et grossier ; l’ensemble, pouvant représenter au maximum dix vases, date de la période médiévale, à l’exception d’un minuscule tesson attribué à une période pré- ou protohistorique.

La dalle dressée côté est, bien qu’indubitablement posée par l’homme, forme un espace trop étroit pour accueillir une chambre funéraire et elle est posée à même le sol sans fosse ni pierres de calage. De plus, dans les constructions mégalithiques, les faces planes des orthostates sont généralement orientées vers l’intérieur de la chambre, ce qui n’est pas le cas ici, et les fouilles étendues de 1980 n’ont révélé aucune trace de tumulus. La troisième dalle, qui aurait été portée jusqu’en 1840 comme table de couverture, paraît insuffisante pour recouvrir une éventuelle chambre et le bord supérieur d’un des piliers est trop irrégulier pour avoir servi de support horizontal ; la proximité d’un ancien chemin de charroi, passant au plus près de la pierre, rend également peu probable la persistance de dalles en position horizontale qui auraient gêné le passage. Lorsque le chemin fut déplacé quelques mètres à l’est, il devint possible d’y placer cette dalle, pour une raison inconnue, ce qui expliquerait sa présence au début du XIXe siècle. L’hypothèse d’un dolmen s’avère donc erronée : il s’agit probablement d’une pierre à légende dont la fréquentation est ancienne, comme l’attestent les silex dispersés autour du site.

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