Origine et histoire de la Pierre Levée
La Pierre levée de Poitiers est un dolmen daté du Néolithique, situé dans la ville de Poitiers. Ce monument mégalithique, connu dès l’Antiquité, était traversé par la voie romaine reliant Lemonum (Poitiers) à Lugdunum (Lyon). Dès le Moyen Âge, il est mentionné dans des textes sous divers noms, comme Petra-Levata (1299) ou Petra-Suspensa super Dubiam (1322), indiquant sa localisation dans le quartier des Dunes. Son histoire est marquée par des descriptions médiévales et des représentations fantaisistes, comme celle du Civitates orbis terrarum de Georg Braun, où des cartographes comme Gerardus Mercator y auraient gravé leurs noms en 1560.
Au XVIe siècle, Rabelais évoque la Pierre levée dans Pantagruel, attribuant sa création au géant qui l’aurait arrachée pour en faire une table de banquet pour les étudiants poitevins. Cette légende, mêlée au folklore local, perdure dans les traditions estudiantines, comme le parcours initiatique des Bitards, une confrérie se réclamant de Rabelais. Le dolmen, classé monument historique en 1862, était aussi associé à des récits miraculeux, comme celui de sainte Radegonde, qui aurait transporté la pierre sur sa tête avant qu’elle ne soit partiellement détruite par le diable.
Le monument, aujourd’hui ruiné, était constitué de dalles de calcaire mesurant environ 6 mètres de long sur 3 de large, avec une table de couverture reposant autrefois sur neuf piliers. Une sculpture en forme de hache à deux branches orne sa face supérieure. Bien qu’aucun matériel archéologique ne lui soit associé, son histoire se mêle à celle de la ville, comme en témoigne la proximité de l’ancienne prison dite de la Pierre Levée. En 2007, sa propriété a été transférée de l’État à la commune de Poitiers.
Classé dès 1862, le dolmen et son terrain attenant (classé en 1943) restent un symbole du patrimoine poitevin. Les descriptions historiques, comme celles du comte de Caylus au XVIIe siècle ou d’Abraham Golnitz au début du XVIIe siècle, soulignent son importance culturelle. La foire d’octobre de Poitiers, autrefois tenue à proximité, portait même son nom, illustrant son ancrage dans la vie locale. Aujourd’hui, il incarne à la fois un vestige néolithique et un lieu chargé de légendes, entre histoire et imaginaire collectif.