Origine et histoire de la Piscine Judaïque
La piscine judaïque Jean-Boiteux, située au 164-166 rue Judaïque à Bordeaux, est un édifice emblématique de l’architecture Art déco, construit entre 1931 et 1935 par l’architecte Louis Madeline. Elle s’inscrit dans le plan Marquet, un vaste projet de rénovation urbaine lancé par Adrien Marquet, maire de Bordeaux de 1925 à 1944, et Jacques D'Welles, architecte en chef de la ville. Ce plan a doté la ville d’équipements publics majeurs, comme la Bourse du travail ou le stade Lescure, tous marqués par le style Art déco. La piscine se distingue par sa façade ornée d’un médaillon en béton de ciment représentant Neptune, sculpté par Maurice Pico.
Le portique d’entrée, datant de 1759, est un vestige de l’ancienne école d’équitation de Bordeaux, initialement située près du Jardin public. Démonté pierre par pierre en 1856 par l’architecte Charles Burguet, il fut reconstruit à son emplacement actuel lors de la création de la rue d’Aviau. Œuvre de l’architecte André Portier et du sculpteur Claude Francin, son fronton illustre le char du soleil. Ce portique, classé Monument historique dès 1928, précède de plusieurs décennies la construction de la piscine, créant un dialogue architectural entre les XVIIIe et XXe siècles.
Inaugurée en 1934, la piscine comprend un bassin d’hiver, un bassin extérieur, une maison communale d’éducation physique et des terrains de sport, le tout construit en béton. En 1996, l’ensemble (façades, toitures, décors intérieurs et grande cheminée) est inscrit aux Monuments historiques. Une rénovation majeure en 2001, menée par les architectes Alain Sarfati et Éric Lemarié, ajoute un hall vitré en façade et réaménage le bassin d’été. En 2012, elle est rebaptisée piscine judaïque Jean-Boiteux en hommage au nageur olympique bordelais, figure locale ayant fréquenté les lieux pendant cinquante ans.
Le site incarne ainsi deux époques distinctes : le siècle des Lumières, à travers le portique classique, et l’Entre-deux-guerres, marquée par l’innovation architecturale et sociale. Son inscription au titre des Monuments historiques souligne sa valeur patrimoniale, à la fois sportive, artistique et urbaine.