Origine et histoire de la Place d'Armes
La place d’Armes de Metz est une place pavée rectangulaire conçue au XVIIIe siècle sous l’impulsion des maréchaux Belle-Isle et d’Estrées, selon les plans de l’architecte Jacques-François Blondel. Elle incarne un aménagement urbain majeur, destiné à centraliser les pouvoirs civils, religieux et militaires autour d’un espace unifié. Située entre la cathédrale Saint-Étienne et l’hôtel de Ville, elle remplace d’anciennes églises médiévales et un cloître détruits pour créer cet ensemble monumental.
À l’origine, le site abritait au Moyen Âge un cloître et plusieurs églises, dont Saint-Gorgon, Saint-Pierre-le-Vieux et Saint-Paul, ainsi que le palais de l’Évêché, séparé de la cathédrale par une cour. La petite place initiale, devant le portail de la Vierge, fut radicalement transformée à partir de 1754 sur ordre du gouverneur Belle-Isle, pour répondre à la volonté de Louis XV de créer une place rassemblant tous les pouvoirs. Les destructions inclurent les églises, le cloître, et le palais des Treize, tandis que l’hôtel de Ville, achevé en 1788, devint le cœur administratif de la ville.
La place a connu plusieurs dénominations au fil des régimes politiques : place de la Loi en 1792 pendant la Révolution, place Napoléon en 1806, puis Paradeplatz durant les annexions allemandes (1871-1918 et 1940-1944). Sous l’Occupation, elle servit de cadre à des défilés militaires nazis, comme celui du Gauleiter Bürckel en 1940. Après la Libération, elle retrouva son rôle symbolique, accueillant des cérémonies comme celle honorant le général Walker. Son architecture classique, sobre et puissante, reflète la vocation militaire de Metz au XVIIIe siècle, renforcée par des trophées martiaux et une unité esthétique initialement prévue pour abriter le parlement royal.
Les bâtiments remarquables incluent l’hôtel de Ville, longest édifice du plan de Blondel, faisant face à la cathédrale gothique dont les arcades basses furent démolies au XIXe siècle par l’évêque Paul Dupont des Loges pour dégager la façade. Le portail de la collégiale Notre-Dame-la-Ronde, restauré en 1885, et l’ancien corps de garde (actuel office de tourisme) complètent cet ensemble. La place, classée Monument Historique en 1948 pour son sol, a fait l’objet de restaurations en 1974 et 2007, préservant son rôle de lieu de rassemblement et de célébrations urbaines.
Son histoire reflète les tensions entre pouvoirs ecclésiastiques, bourgeois et royaux : Metz, gouvernée par ses évêques jusqu’en 1179, devint une république oligarchique avant de passer sous domination française en 1552 via le traité de Chambord. La place, conçue comme un symbole de l’autorité royale, incarne aussi les mutations politiques de la ville, des défilés impériaux aux commémorations de la Libération.