Origine et histoire de la Place de l'Obélisque
La place de l'Obélisque à Port-Vendres, située dans les Pyrénées-Orientales, est un ensemble architectural néo-classique unique en France, conçu sous le règne de Louis XVI pour honorer ce monarque. Elle s’inscrit dans un projet ambitieux de ville nouvelle initié par le maréchal de Mailly, reprenant une idée ancienne de Vauban pour développer un port méditerranéen stratégique. L’obélisque central, en marbre rouge et blanc de Villefranche-de-Conflent, était orné de bronzes (bas-reliefs, rostres, tortues) et surmonté d’un globe terrestre coiffé d’une fleur de lys, symbolisant la gloire royale et les réalisations du règne, comme l’abolition de la servitude ou l’indépendance américaine.
Le projet fut confié à l’architecte Charles De Wailly, franc-maçon et académicien, qui conçut une place monumentale malgré l’absence initiale d’habitants. La première pierre de l’obélisque fut posée en 1780, mais les crédits vinrent à manquer, stoppant les travaux. En 1793, les éléments en bronze furent retirés, et seuls les quatre bas-reliefs du soubassement, représentant des thèmes comme la liberté du commerce ou la restauration de la marine, furent préservés et sont aujourd’hui exposés au musée de Perpignan. La place, classée en 1920 puis inscrite en 1995, témoigne de l’utopie urbanistique des Lumières et des tensions entre ambition royale et réalités locales.
Port-Vendres, mentionné dès 1272 sous le nom antique de Portus Veneris, fut un port abandonné au haut Moyen Âge avant de retrouver une importance stratégique après le traité des Pyrénées (1659). Vauban avait souligné son potentiel dès 1679, mais ses propositions ne furent que partiellement réalisées. Le maréchal de Mailly, soutenu par Louis XVI, relança le projet dans les années 1770, combinant enjeux militaires (port fortifié) et symboliques (ville idéale maçonnique). Malgré l’échec démographique (seulement 88 habitants en 1786), la place reste un exemple rare d’architecture royale tardive, mêlant classicisme et aspirations réformistes.
Les bas-reliefs de l’obélisque, aujourd’hui disparus du site, illustraient des valeurs chères au siècle des Lumières : la Marine relevée, la liberté du commerce, la servitude abolie, et l’indépendance de l’Amérique. Ces thèmes reflétaient les priorités du règne de Louis XVI, entre modernisation économique et engagement dans la guerre d’Indépendance américaine. Le dépouillement des bronzes en 1793, lors de la Révolution, marqua la fin de ce symbole monarchique, mais la structure en marbre survécut, classée au titre des monuments historiques avec son environnement (casernes, pavillon du Dôme, escaliers).
L’ensemble architectural, incluant le Grand Fer à Cheval et les bâtiments néo-classiques, fut conçu pour attirer commerçants et marins, mais l’essor réel de Port-Vendres ne survint qu’au XIXe siècle, avec la colonisation de l’Algérie. Aujourd’hui, la place de l’Obélisque incarne à la fois l’héritage des ingénieurs militaires (Vauban, Mailly), l’idéal urbanistique des Lumières, et les limites des projets royaux face aux contraintes financières et démographiques. Son classement protège un patrimoine unique, où se croisent histoire maritime, politique royale et mémoire révolutionnaire.