Frise chronologique
1272
Première mention de Port-Vendres
Première mention de Port-Vendres
1272 (≈ 1272)
Cité comme *Portus Veneris* dans un document.
1659
Traité des Pyrénées
Traité des Pyrénées
1659 (≈ 1659)
Rattachement du Roussillon à la France.
1679
Rapport de Vauban
Rapport de Vauban
1679 (≈ 1679)
Proposition de fortifier Port-Vendres.
28 septembre 1780
Pose de la première pierre
Pose de la première pierre
28 septembre 1780 (≈ 1780)
Début de la construction de l’obélisque.
1793
Disparition des bronzes
Disparition des bronzes
1793 (≈ 1793)
Retrait des éléments en bronze de l’obélisque.
3 avril 1920
Classement monument historique
Classement monument historique
3 avril 1920 (≈ 1920)
Protection de l’obélisque et de son environnement.
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui (≈ 2025)
Position de référence.
Patrimoine classé
Obélisque et ensemble architectural qui l'entoure (pavillon du Dôme, grille d'entrée de la caserne et double escalier d'accès) : classement par arrêté du 3 avril 1920. Place avec les bâtiments et tous les ouvrages faisant partie du programme néo-classique initial, y compris le parement en élévation formant hémicycle dit Grand Fer à Cheval en bordure de la route nationale 114 et de l'avenue Vauban, et à l'exception des parties classées (cad. AE 108) : inscription par arrêté du 17 octobre 1995
Personnages clés
| Vauban - Ingénieur militaire |
A proposé la fortification de Port-Vendres en 1679. |
| Maréchal de Mailly - Commandant en Roussillon |
Relance le projet de port et de ville nouvelle. |
| Louis XVI - Roi de France |
Commanditaire de la place à sa gloire. |
| Charles De Wailly - Architecte du roi |
Conçoit la place et l’obélisque en 1780. |
| Louis de Noailles - Gouverneur du Roussillon |
Soutient les réductions de droits pour attirer le commerce. |
Origine et histoire
La place de l'Obélisque à Port-Vendres, située dans les Pyrénées-Orientales, est un ensemble architectural néo-classique unique en France, conçu sous le règne de Louis XVI pour honorer ce monarque. Elle s’inscrit dans un projet ambitieux de ville nouvelle initié par le maréchal de Mailly, reprenant une idée ancienne de Vauban pour développer un port méditerranéen stratégique. L’obélisque central, en marbre rouge et blanc de Villefranche-de-Conflent, était orné de bronzes (bas-reliefs, rostres, tortues) et surmonté d’un globe terrestre coiffé d’une fleur de lys, symbolisant la gloire royale et les réalisations du règne, comme l’abolition de la servitude ou l’indépendance américaine.
Le projet fut confié à l’architecte Charles De Wailly, franc-maçon et académicien, qui conçut une place monumentale malgré l’absence initiale d’habitants. La première pierre de l’obélisque fut posée en 1780, mais les crédits vinrent à manquer, stoppant les travaux. En 1793, les éléments en bronze furent retirés, et seuls les quatre bas-reliefs du soubassement, représentant des thèmes comme la liberté du commerce ou la restauration de la marine, furent préservés et sont aujourd’hui exposés au musée de Perpignan. La place, classée en 1920 puis inscrite en 1995, témoigne de l’utopie urbanistique des Lumières et des tensions entre ambition royale et réalités locales.
Port-Vendres, mentionné dès 1272 sous le nom antique de Portus Veneris, fut un port abandonné au haut Moyen Âge avant de retrouver une importance stratégique après le traité des Pyrénées (1659). Vauban avait souligné son potentiel dès 1679, mais ses propositions ne furent que partiellement réalisées. Le maréchal de Mailly, soutenu par Louis XVI, relança le projet dans les années 1770, combinant enjeux militaires (port fortifié) et symboliques (ville idéale maçonnique). Malgré l’échec démographique (seulement 88 habitants en 1786), la place reste un exemple rare d’architecture royale tardive, mêlant classicisme et aspirations réformistes.
Les bas-reliefs de l’obélisque, aujourd’hui disparus du site, illustraient des valeurs chères au siècle des Lumières : la Marine relevée, la liberté du commerce, la servitude abolie, et l’indépendance de l’Amérique. Ces thèmes reflétaient les priorités du règne de Louis XVI, entre modernisation économique et engagement dans la guerre d’Indépendance américaine. Le dépouillement des bronzes en 1793, lors de la Révolution, marqua la fin de ce symbole monarchique, mais la structure en marbre survécut, classée au titre des monuments historiques avec son environnement (casernes, pavillon du Dôme, escaliers).
L’ensemble architectural, incluant le Grand Fer à Cheval et les bâtiments néo-classiques, fut conçu pour attirer commerçants et marins, mais l’essor réel de Port-Vendres ne survint qu’au XIXe siècle, avec la colonisation de l’Algérie. Aujourd’hui, la place de l’Obélisque incarne à la fois l’héritage des ingénieurs militaires (Vauban, Mailly), l’idéal urbanistique des Lumières, et les limites des projets royaux face aux contraintes financières et démographiques. Son classement protège un patrimoine unique, où se croisent histoire maritime, politique royale et mémoire révolutionnaire.