Origine et histoire de la Place de la Concorde
La place de la Concorde, initialement nommée « place Louis XV », est conçue en 1755 par l’architecte Ange-Jacques Gabriel sur une esplanade marécageuse à l’ouest de Paris. Elle est imaginée comme un espace monumental pour accueillir une statue équestre de Louis XV, inaugurée en 1763. Ce projet s’inscrit dans un réseau de places royales destinées à glorifier le monarque, avec des façades néoclassiques encadrant un vaste octogone ouvert sur les Tuileries et les Champs-Élysées. La place, achevée en 1772, devient un lieu de rassemblement et de fêtes, mais aussi le théâtre de drames comme le « grand étouffement » de 1770, où 132 personnes périssent lors d’un feu d’artifice.
Pendant la Révolution française, la place est rebaptisée « place de la Révolution » et devient un symbole des bouleversements politiques. La statue de Louis XV est renversée en 1792, et la guillotine y est installée, y compris pour les exécutions de Louis XVI (21 janvier 1793) et Marie-Antoinette (16 octobre 1793). Entre 1793 et 1794, 1 119 personnes y sont guillotinées, dont des figures comme Danton, Robespierre et Charlotte Corday. En 1795, la place est renommée « place de la Concorde » pour marquer la réconciliation nationale après la Terreur, et les Chevaux de Marly y sont installés.
Au XIXe siècle, la place subit d’importantes transformations sous la monarchie de Juillet. En 1836, l’obélisque de Louxor, offert par l’Égypte, est érigé au centre, entouré de deux fontaines monumentales conçues par Jacques-Ignace Hittorff entre 1836 et 1840. Ces fontaines célèbrent la navigation fluviale et maritime, tandis que huit statues allégoriques représentant des villes françaises (Strasbourg, Lyon, Marseille, etc.) sont placées aux angles de la place. En 1854, les fossés sont comblés pour faciliter la circulation, et en 1937, l’ensemble est classé monument historique. La place, aujourd’hui emblématique, reste un lieu de célébrations nationales et un carrefour majeur de la capitale.
Les bâtiments bordant la place, comme l’hôtel de la Marine (ancien Garde-Meuble royal) et l’hôtel de Crillon, illustrent l’architecture néoclassique du XVIIIe siècle. Leurs façades, dessinées par Gabriel, encadrent la perspective vers la Seine et les Tuileries. L’hôtel de Crillon, transformé en palace en 1907, a accueilli des événements diplomatiques majeurs, comme la rédaction du pacte de la Société des Nations en 1919. La symétrie de la place, initialement prévue avec quatre hôtels aux angles nord, n’a été pleinement réalisée qu’au XXe siècle, avec la reconstruction de l’ambassade des États-Unis (1931-1933) remplaçant l’hôtel Grimod de La Reynière.
La place de la Concorde est aussi un lieu de mémoire et de controverses. La statue de Strasbourg, voilée de noir après 1871 en signe de deuil pour l’Alsace-Lorraine annexée, est devenue un symbole du revanchisme français. Au XXe siècle, la place accueille des événements historiques comme le concert de Jean-Michel Jarre en 1979, la célébration du bicentenaire de la Révolution en 1989, ou des rassemblements politiques (1934, 1968, 1995). Classée depuis 1937, elle fait l’objet de projets contemporains, comme sa transformation en « place-jardin » prévue pour 2025, réintroduisant des fossés et des pelouses.
Aujourd’hui, la place de la Concorde reste un haut lieu de la vie parisienne, marqué par son obélisque, ses fontaines et son rôle dans les célébrations nationales, comme le défilé du 14 Juillet. Elle incarne à la fois le faste architectural des Lumières, les tourments de la Révolution, et les transformations urbaines des XIXe et XXe siècles. Son classement au titre des monuments historiques en 1937 garantit la préservation de cet ensemble unique, témoin de l’histoire de France.