Origine et histoire de la Place Ducale de Charleville-Mézières
La place Ducale, située à Charleville-Mézières dans les Ardennes, est construite entre 1606 et 1624 sous l’impulsion de Charles de Gonzague, duc de Nevers et gouverneur de Champagne. L’architecte Clément II Métezeau conçoit une place rectangulaire de 127x90m, inspirée des utopies urbaines de la Renaissance, avec 32 pavillons prévus initialement. Les règles strictes imposent une homogénéité architecturale : façades en quatre travées et niveaux, symbolisant les quatre évangiles, reflétant la foi catholique du commanditaire.
En 1625, Charles de Gonzague modifie les plans pour intégrer son palais ducal sur la face nord-ouest, brisant la symétrie originelle. Cinq pavillons sont transformés, mais le manque de fonds interrompt les travaux, laissant les façades inachevées pendant un siècle. Après un incendie en 1759 et les bouleversements révolutionnaires, les ruines sont réaménagées en hôtel de ville en 1843. La place, pavée jusqu’en 1899, subit des dommages pendant la Seconde Guerre mondiale, avec des toitures remplacées par des tôles plates.
La place Ducale, classée monument historique en 1936, est restaurée en 1999 : le bitume est remplacé par des pavés, et une fontaine inspirée du modèle de 1630 réapparaît, remplaçant la statue de Charles de Gonzague (déplacée près de la gare). Aujourd’hui, elle est un lieu central d’animations estivales, de spectacles et de brocantes, avec une circulation limitée à 20 km/h. Sa piétonnisation totale est prévue pour 2025.
Architecturalement, la place rappelle le forum romain, avec quatre rues convergentes vers les portes de la ville et le port sur la Meuse. Les 27 pavillons restants (dont un seul demi-pavillon subsiste) obéissent à une règle quaternaire stricte, avec des dômes et niches abritant autrefois des saints protecteurs. La similitude avec la place des Vosges à Paris s’explique par les frères Métezeau, architectes des deux sites, bien que Charleville n’ait pas de terre-plein central.
La place Ducale incarne l’héritage urbanistique de la Renaissance, mêlant rigueur géométrique et symbolisme religieux. Son histoire reflète les aléas politiques et économiques, des ambitions ducales inabouties aux restaurations contemporaines, tout en restant un espace vivant, entre patrimoine et animations culturelles.