Origine et histoire des Pompes Funèbres
Le Service municipal des Pompes Funèbres est un édifice fonctionnaliste proche de l’architecture des grandes gares, construit entre 1872 et 1874 par Édouard Delebarre Debay et Godon sous la direction de Victor Baltard, sur l’emplacement des anciens abattoirs de Villette-Popincourt. Implanté le long des voies de la gare de Paris-Est, sur une parcelle de 26 000 m2 entre les rues d'Aubervilliers et Curial, il s’étend sur plus de 270 mètres et occupe une superficie comparable à celle de la place de la République. Conçu dans l’esprit de l’architecture industrielle, le bâtiment associe briques, larges verrières et structures de fonte et de fer. Il se compose de deux vastes halles couvertes, de quais de déchargement, de cours anglaises, d’écuries et de caves. Les façades et toitures donnant sur les rues d'Aubervilliers et Curial ainsi que les halles et leurs cours sont inscrites aux monuments historiques depuis le 21 janvier 1997. La composition en alternance de petites cours et de longues halles crée un axe visuel spectaculaire dont la théâtralité est renforcée par le caractère fermé des façades sur la rue.
L’archevêché de Paris avait installé dès 1870 un service des pompes funèbres sur ce lieu dit des Petits Noyers et commandé la construction du nouvel ensemble. Pendant plus de 120 ans, le bâtiment abrita l’activité des pompes funèbres de Paris : plus d’un millier de personnes y travaillaient et jusqu’à 150 convois mortuaires y étaient organisés quotidiennement. La halle côté rue d'Aubervilliers servait à la préparation des cercueils et à la réalisation des catafalques ; la halle côté Curial accueillait corbillards et chars et hébergeait ateliers et réserves. Le sous-sol comprenait d’importantes écuries — dix-huit boxes pour environ 300 chevaux —, des greniers à fourrage, une réserve de plus de 6 000 cercueils et un réservoir de 50 000 litres d’eau. Les halles accueillaient aussi une douzaine de magasins d’ornements funéraires et divers ateliers de menuiserie, tapisserie, peinture et armurerie. Après la séparation des Églises et de l’État en 1905, les pompes funèbres devinrent municipales ; au XXe siècle l’activité culmina avant de se moderniser par la motorisation des convois après la Seconde Guerre mondiale. Le bâtiment ne disposait pas de morgue et n’accueillait des corps que par exception, notamment à la demande des pouvoirs publics en période de guerre. En mai 1968, le service fonctionna en autogestion pendant un mois ; la fin du monopole municipal en 1993 entraîna un déclin de l’activité qui s’acheva en 1997.
La Ville de Paris décida de protéger et de réhabiliter l’ensemble architectural et confia la maîtrise d’œuvre de la transformation aux architectes Marc Iseppi et Jacques Pajot (Atelier Novembre), dont la proposition fut jugée respectueuse de l’authenticité du site. Le Centquatre, établissement public de coopération culturelle connu sous le nom de Le CENTQUATRE‑PARIS ou le 104, a été inauguré sur ce site le 11 octobre 2008. Sur 39 000 m2 de planchers, dont 25 000 m2 exploitables, le Centquatre propose seize plateaux de fabrication artistique modulables, deux salles de diffusion de 200 et 400 places, des équipements mutualisés et des régies techniques. Chaque année, trente à trente‑cinq projets artistiques sont accueillis en résidence pour des durées de un à douze mois, et les anciennes écuries en sous‑sol ont été aménagées pour accueillir salons, expositions et événements professionnels. Statutairement EPIC de coopération culturelle, le Centquatre s’inscrit dans un réseau européen de nouveaux lieux d’art et vise à rapprocher production artistique et public en ouvrant régulièrement les ateliers. Il accueille de nombreuses manifestations (Jeune création depuis 2009, présentations des diplômés des Beaux‑Arts, Nuit blanche, Festival d’Automne, représentations du Théâtre de la Ville, festivals de photographie, de théâtre émergent et d’arts numériques). Un restaurant, un café et des commerces de proximité contribuent à la convivialité du lieu, tandis que des entreprises y organisent congrès et salons. Associé à la réhabilitation du quartier et à l’ouverture des Jardins d’Éole, le projet culturel vise à apporter une plus‑value aux habitants tout en favorisant la mixité sociale. Deux ans après l’ouverture, malgré une importante subvention municipale, le Centquatre fit l’objet de critiques médiatiques sur son attractivité et son lien avec le quartier, avant que l’arrivée de José‑Manuel Gonçalvès à la direction en 2010 n’impulse une nouvelle dynamique.