Origine et histoire
Le pont-aqueduc de la Canaù est un ouvrage exceptionnel du canal Saint-Julien, conçu pour franchir la rivière le Coulon près de Cavaillon (Vaucluse). Datant de la seconde moitié du XVIe siècle, sa structure en pierre, attribuée à Adam de Craponne, s’inspire peut-être d’un projet de Léonard de Vinci pour un pont à Constantinople (1502). L’ouvrage se distingue par deux arches divergentes ancrées sur les berges, supportant autrefois une conduite en bois suspendue, remplacée en 1921 par un siphon sous-fluvial. Sa conception, unique en Europe, préfigure les ponts bow-string anglais, bien que son principe physique diffère.
Initialement construit pour irriguer les terres du marquis de Forbin d’Oppède, le pont-aqueduc répondait à une autorisation de 1543 accordée par l’évêque Pierre Ghinucci, permettant de dériver les eaux du canal vers la plaine du Plan. Financé par Jean Meynier, l’ouvrage combinait pierre des Taillades et un coffrage en chêne/mélèze, conçu pour résister aux crues fréquentes du Coulon. La conduite en bois, souvent obstruée, fut abandonnée au profit d’un siphon après 1921, tandis que la structure en pierre, haute de 8 mètres, survécut à des inondations majeures, comme celle de 1994 où elle fut entièrement submergée.
Classé monument historique le 18 août 2011, le pont-aqueduc a bénéficié de restaurations majeures, dont un bief de délestage ajouté en 2012 pour 2 millions d’euros, et une rénovation en 2024 (450 000 €, partiellement financée par le Loto du patrimoine). Selon les experts, sa conception serait « probablement unique au monde », soulignant son rôle clé dans l’histoire de l’hydraulique provençale. Aujourd’hui, seuls les arcs en pierre et le tablier sont visibles, témoignages d’un savoir-faire ingénieux mêlant médiéval et Renaissance.
Le canal Saint-Julien, attesté dès le XIIe siècle, était à l’origine un système d’irrigation et d’alimentation pour un moulin épiscopal. Au XVIe siècle, son extension vers la plaine du Plan nécessita ce pont-aqueduc, symbole de l’innovation hydraulique de la région. L’ouvrage, propriété d’un établissement public communal, reste un exemple rare de pont à arche double divergente, combinant esthétique et fonctionnalité. Sa préservation illustre l’importance du patrimoine technique dans la Provence-Alpes-Côte d’Azur.
Les sources historiques mentionnent des rénovations régulières, comme celle de 1728 par le père Esprit-Joseph Brun et son gendre. En 1921, la canalisation d’origine, suspendue sous le pont, fut remplacée par un siphon enterré pour éviter les bouchons causés par les crues. Malgré ces adaptations, la structure d’origine, en pierre de taille, a résisté aux siècles, y compris lors de la crue « spectaculaire » de 1994. Aujourd’hui, le site, situé au quartier Entre-Deux-Vallats, attire pour son caractère à la fois technique, historique et paysager.