Origine et histoire du Pont-canal
Le pont-canal de Briare est un ouvrage métallique conçu pour permettre au canal latéral à la Loire de franchir le fleuve sans les risques liés à la traversée directe. Avant sa construction, les bateaux devaient emprunter un chenal endigué de Mantelot, long d’un kilomètre, soumis aux crues, étiages et courants dangereux. Ce passage, entre les écluses de Mantelot et des Combles, était pénible et motivait la recherche d’une solution plus sûre.
Un premier projet de pont-canal en maçonnerie fut envisagé dès 1827 lors de la construction du canal latéral, mais abandonné en raison des risques de barrage en cas de crue. Il fallut attendre les progrès de la métallurgie, notamment l’acier doux, pour concevoir un pont-canal métallique offrant une large ouverture. Le site de Briare fut choisi pour sa déclivité favorable, permettant un gain de hauteur libre.
Le projet, déclaré d’utilité publique en 1889 pour un coût de 6,5 millions de francs, fut confié aux ingénieurs Léonce-Abel Mazoyer, Charles Sigault et Pierre Moreau. Mazoyer supervisait la modernisation du réseau fluvial Roanne-Briare, incluant ce pont-canal. Gustave Eiffel réalisa les fondations et la maçonnerie (1890-1896), tandis que Daydé & Pillé construisit la cuvette métallique. Inauguré discrètement le 16 septembre 1896, il devint le plus long pont-canal métallique du monde (662 m) jusqu’en 2003.
L’ouvrage, entièrement métallique, repose sur 14 piles en pierre délimitant 15 travées de 37 mètres. Il est bordé de trottoirs, lampadaires et colonnes rostrales ornées, évoquant le pont Alexandre-III. Les éléments décoratifs, comme les rostres et chimères, proviennent des fonderies Magnard (Fourchambault) et L. Gasne (Tusey). Le canal, large de 6 mètres, permet un tirant d’eau de 1,80 mètre.
Le pont-canal franchit non seulement la Loire, mais aussi l’ancien canal latéral de 1838 et la Trézée, via un dernier pont-canal en maçonnerie. Son construction s’accompagna d’un bief de 14 km reliant les canaux à la Cognardière. Classé Monument Historique en 1976, il symbolise l’ingénierie fluviale française et apparaît dans des œuvres comme la série Karatekas and Co (1973) ou un timbre postal de 1990.
Les défis techniques, comme l’éclairage électrique pionnier (1895) ou l’utilisation de l’acier, firent de cet ouvrage une référence. Les Briarois, craignant des inondations, l’accueillirent avec méfiance, bien que les pluies récentes aient pu biaiser leurs observations. Aujourd’hui, il reste un témoignage majeur du patrimoine industriel et fluvial de la région Centre-Val de Loire.