Origine et histoire du Pont de la Reine Jeanne
Le pont de la Reine Jeanne, situé à Saint-Benoît dans les Alpes-de-Haute-Provence, est un ouvrage médiéval attestée dès 1296, bien que sa structure actuelle date principalement des travaux des XVIIe et XVIIIe siècles. Il franchit le Coulomp, une rivière locale, et son nom évoque Jeanne Ier de Naples, bien que cette appellation soit récente. Son architecture combine une arche unique de 29 mètres de portée et une hauteur de clé de 12,5 mètres, avec des parapets étroits et des culées asymétriques, reflétant des adaptations techniques successives.
La première mention d’un pont sur ce site remonte à 1296, mais l’ouvrage actuel est le résultat de reconstructions ultérieures. En 1676, la communauté de Saint-Benoît demande sa reconstruction, confiée à l’architecte Louis II Vallon. Les travaux, adjugés en 1682 à Garcin Pelet, échouent rapidement en raison de défauts de construction. Un nouveau projet est lancé en 1712, mais les retards s’accumulent jusqu’à ce que Joseph Blanc, charpentier du Fugeret, remporte l’enchère en 1728 pour 9 180 livres. Le pont est achevé en 1733, avec une asymétrie marquée due à des modifications du projet initial pour éviter un sol instable.
Le pont est inscrit aux monuments historiques en 1928, reconnaissant sa valeur patrimoniale. Son nom, associé à la reine Jeanne Ier de Naples, n’apparaît cependant qu’au XXe siècle, alors qu’il était autrefois appelé simplement pont de Saint-Benoît. En 2024, il bénéficie d’une aide de 50 000 euros dans le cadre de la Mission Patrimoine, pour pallier les dégradations liées à l’érosion et au manque d’entretien. Les matériaux, comme les moellons de calcaire et les claveaux irréguliers, témoignent des techniques de construction locales et des défis posés par le site.
Les dimensions du pont — 42,15 mètres de longueur, 2,70 mètres de largeur, et une culée rive droite élargie à 4,20 mètres — révèlent une adaptation aux contraintes topographiques. L’arche, en double rouleau de pierres, rappelle celle du pont du Fugeret, suggérant une influence régionale. Les réparations des XVIIIe et XXe siècles (notamment en 1942 et 1978) ont permis sa préservation, malgré des dommages comme ceux subis en 1940. Aujourd’hui, il reste un témoignage des échanges locaux, notamment pour la transhumance ovine.
L’histoire du pont illustre les difficultés administratives et techniques des projets publics sous l’Ancien Régime. Les retards, les surcoûts (de 6 180 à 9 180 livres), et les adaptations de dernière minute reflètent les réalités des chantiers provinciaux. Les archives mentionnent aussi des contreforts disparus, visibles sur le cadastre napoléonien mais absents des documents du XVIIIe siècle, soulignant les transformations subies par le monument. Son inscription en 1928 a permis de le protéger, tout en ancrant son identité dans la légende de la reine Jeanne.