Origine et histoire du Pont
Le pont Saint-Roch, aussi appelé pont de Lavaur, est un ouvrage en maçonnerie du XVIIIe siècle franchissant l’Agout à Lavaur, en Occitanie. Avec une portée de 48,75 mètres, il fut, après l’effondrement du pont de Vieille-Brioude en 1822, le pont en maçonnerie de plus grande portée au monde jusqu’à la construction du pont de Chester (Angleterre) en 1833. Son arche unique, conçue en légère anse de panier, et ses parapets prolongés par des esplanades plantées de cèdres lui confèrent un caractère monumental exceptionnel. Le sol du passage piéton utilise la technique traditionnelle de la calade, typique des constructions méridionales.
Conçu par l’ingénieur Joseph-Marie de Saget (1725–1782), directeur des Travaux Publics du Languedoc, le pont fut construit entre 1777 et 1785, malgré des interruptions dues aux crues de l’Agout. De Saget en dirige les travaux jusqu’à sa mort en 1782, survenue peu après le décintrement de l’arche. Son frère, François de Saget, prend alors le relais. Les entrepreneurs Chauvet (Montpellier) puis Grimaud (Monestiés) et Albouy (Saint-Papoul) se succèdent pour achever l’ouvrage, livré à la circulation en 1791. Le projet initial prévoyait des armoiries du Languedoc sur les claveaux, mais celles-ci ne furent jamais réalisées ou ont disparu.
Le pont remplace deux bacs historiques sur l’Agout, utilisés pour les liaisons vers Castres et Albi. Son emplacement, en contrebas des jardins de l’évêché et face au cimetière Saint-Roch, s’inscrit dans un aménagement urbain plus large, incluant des avenues rectilignes et des tours rondes symétriques renforçant les culées. En 1840, des fissures sur le cintre sont réparées par l’ingénieur Béqué. Le pont est inscrit aux monuments historiques depuis le 3 mars 1960 et appartient aujourd’hui au département du Tarn.
Avant sa construction, les communications locales dépendaient de bacs à travers l’Agout, comme ceux du port d’En Taïx (vers Gaillac) et du port de Lavaur (vers Graulhet). Le chantier, débuté en 1773 avec la pose de la première pierre par les évêques de Narbonne et de Lavaur, fut marqué par des défis techniques liés à la stabilité des talus et à la portée inédite de l’arche. Le pont tint son nom d’une chapelle du XVe siècle, détruite pour permettre sa réalisation.
Le pont de Lavaur illustre l’audace architecturale des ingénieurs du XVIIIe siècle, combinant innovation technique (voûte surbaissée) et esthétique classique (moulurations, parapets incurvés). Son record de portée, bien que dépassé au XIXe siècle par les ponts ferroviaires, reste un témoignage majeur du génie civil d’Ancien Régime en Occitanie. La présence d’une tannerie puis d’un établissement de bains à son pied, jusqu’en 1875, souligne son intégration dans la vie économique locale.