Origine et histoire du Pont de pierre
Le pont de pierre de Bordeaux, construit entre 1810 et 1822 sous les règnes de Napoléon Ier et Louis XVIII, est un pont en maçonnerie de 487 mètres franchissant la Garonne. Conçu par les ingénieurs Claude Deschamps et Jean-Baptiste Billaudel, il compte 17 arches reposant sur 16 piles. Son financement mixte (État et Compagnie du pont de Bordeaux) a permis son achèvement malgré des difficultés techniques et budgétaires. Initialement prévu en bois, il fut finalement réalisé en pierre et brique, avec des galeries intérieures creuses pour alléger la structure.
La construction débuta en 1810 sous l’impulsion de Napoléon Ier, qui souhaitait faciliter le transport militaire et relancer l’économie bordelaise, affaiblie par le blocus continental. Les travaux furent interrompus en 1814 par manque de fonds, puis repris en 1818 grâce à un partenariat public-privé. La Compagnie du pont de Bordeaux, dirigée par le négociant Pierre Balguerie-Stuttenberg, apporta 2 millions de francs en échange d’un droit de péage. Le pont fut inauguré le 1er mai 1822 après 12 ans de chantier, marqué par des crues et des problèmes de fondations.
Le pont a transformé l’urbanisme bordelais en permettant l’annexion du quartier de La Bastide en 1865, après le rachat du péage par la ville en 1863. Initialement large de 14,6 mètres, il fut élargi à 19 mètres en 1954 pour accueillir quatre voies de circulation, des pistes cyclables et des trottoirs. Les pavillons de péage, décorés de colonnes d’ordre dorique, furent démolis lors de cet élargissement. En 2003, deux voies furent réservées au tramway, et depuis 2018, le pont est réservé aux tramways, vélos et piétons.
Contrairement à une légende tenace, le nombre de 17 arches ne correspond pas aux lettres de « Napoléon Bonaparte ». À l’origine, 19 arches étaient prévues, mais deux furent supprimées en 1819 pour des raisons budgétaires et architecturales. Les piles, fondées sur 220 pieux de pin et sapin enfoncés à 10 mètres de profondeur, ont nécessité des techniques innovantes, comme l’utilisation d’une cloche de plongée britannique pour stabiliser les fondations. Les matériaux, dont la pierre de Saint-Macaire et la brique de La Bastide, furent choisis pour leur résistance.
Le pont a inspiré de nombreux artistes, comme Ambroise Louis Garneray ou Jacques-Raymond Brascassat, qui l’ont représenté dès 1821. Il a également été immortalisé sur des timbres, dont un émis en 2004 pour célébrer le tramway bordelais. Classé monument historique en 2002, il reste un symbole du patrimoine industriel et architectural de Bordeaux, malgré les défis posés par son entretien, comme les tassements différentiels de certaines piles (jusqu’à 50 cm depuis 1821).