Origine et histoire du Pont des États de Languedoc
Le pont des États de Languedoc, construit au XVIIIe siècle à Ornaisons (Aude), fut érigé pour résister aux crues dévastatrices de l'Orbieu, qui avaient détruit plusieurs ponts précédents reliant Narbonne à Lézignan. Son financement fut assuré par les États de Languedoc, les ressources locales et le diocèse de Narbonne étant insuffisantes. Un premier projet en 1745, prévoyant une traversée à Villedaigne, fut rejeté car il allongeait le trajet. En mars 1746, le projet de l'ingénieur Carney, directeur des travaux publics de Carcassonne, fut approuvé : un pont de pierre à deux arches de plein cintre. Les travaux débutèrent la même année sous la direction de l'entrepreneur Projet.
Dès le début du chantier, des problèmes structurels apparurent : la pile centrale, conçue pour supporter les deux arches, s'affaissa en raison d'un sol moins solide que prévu. Le projet fut modifié pour inclure trois arches portées par deux piles. En août 1749, un accident mortel survint lors de l'effondrement d'un cintre, causant la mort de trois ouvriers. En 1752, après la mort de Carney, François Garipuy prit la relève et le pont fut achevé. Il fut réceptionné le 18 novembre 1752 pour un coût total de 180 000 livres. L'ouvrage, long de 140 mètres, se distingue par une arche centrale de 13 mètres de haut et 42,90 mètres d'ouverture, contrastant avec les arches latérales de 6 mètres. Les piles, équipées d'avant-becs et d'arrière-becs triangulaires, sont surmontées de chaperons pyramidaux. Les clés de voûte de l'arche centrale arborent les armes des États de Languedoc, couronnées d'une couronne comtale.
Le pont, inscrit aux Monuments historiques en 1951, illustre l'ingénierie du XVIIIe siècle face aux défis géologiques et hydrologiques. Sa déclivité prononcée (plus de 6 %) et son dos d'âne marqué évoquent les ponts médiévaux, comme celui de Saint-Affrique en Aveyron. En 2011, un éclairage nocturne fut installé pour valoriser ce patrimoine. Situé sur la route départementale D24, entre Cruscades et Ornaisons, il reste un témoignage des efforts collectifs pour maîtriser les caprices de l'Orbieu, rivière aux crues aussi soudaines que dévastatrices.
Les matériaux utilisés, pierre d'appareil pour les arches et les piles, et moellons pour les murs latéraux, reflètent les techniques de construction de l'époque. Les levées d'accès, longues de 103 et 106 mètres, sont séparées des culées par des arches de décharge. Le pont, bien que conçu pour une rivière au débit d'étiage faible, fut dimensionné pour résister aux crues, un compromis entre utilité pratique et résilience face aux aléas naturels. Son inscription au titre des Monuments historiques en 1951 souligne son importance patrimoniale, tant sur le plan architectural qu'historique.