Origine et histoire du Pont du Diable sur le Tech
Le pont du Diable, aussi appelé Vieux Pont de Céret, est un ouvrage en pierre à arche unique construit entre 1321 et 1341. Avec une portée de 45,45 mètres et une hauteur de 22,30 mètres, il détient brièvement le record mondial de la plus longue arche en pierre (1341-1356), avant d’être dépassé par le pont Scaliger en Italie. Financé par la ville de Céret et les villages voisins, il subit des réparations majeures aux XVIIIe siècle, notamment en 1718 (culée sud), 1735-1741 (pavage, fissures, contreforts), et 1750-1762 (murs de soutènement). En 1793, il échappe de justesse à la destruction par le général Dagobert, sauvé in extremis par l’intervention du conventionnel Joseph Cassanyes.
La légende locale attribue sa construction au Diable, une croyance mentionnée dès le XVIIIe siècle par des auteurs comme Piganiol de La Force ou Victor Dujardin. Selon les versions, Satan aurait entravé les travaux en renversant les pierres la nuit, ou édifié le pont en une seule nuit. Ces récits, courants pour les ouvrages audacieux, reflètent l’admiration pour une prouesse technique médiévale. Classé monument historique dès 1840, le pont inspire aussi la culture : peint par Cézanne ou Bioulès, il apparaît au cinéma (Le Bossu, 1959) et même dans un mariage symbolique en 2013, quand une artiste australienne, Jodi Rose, l’« épouse ».
Au-delà de son histoire, le pont illustre l’ingénierie médiévale catalane et le rôle stratégique de Céret, ville frontalière entre la France et l’Espagne. Son arche unique, exceptionnelle pour l’époque, servait autant aux échanges commerciaux qu’à la défense, comme en témoigne la chapelle-guardianne mentionnée dès 1722. Aujourd’hui, il reste un symbole du patrimoine roussillonnais, mêlant héritage technique, légendes et traces artistiques.