Origine et histoire du Pont George-V
Le pont George-V, initialement nommé pont Royal puis pont National, fut construit entre 1751 et 1763 à Orléans sous la direction de l’ingénieur Jean Hupeau, assisté de Robert Soyer. Commandé par Daniel Trudaine, intendant des finances, il remplace l’ancien pont médiéval des Tourelles, devenu vétuste et dangereux. Ce pont à neuf arches, d’une longueur totale de 339 mètres, illustre les progrès techniques du XVIIIe siècle, période faste pour la construction des ponts en France. Son architecture monumentale, avec des voûtes en anse de panier et des piles conçues selon la « règle du cinquième », en fait un ouvrage emblématique de l’ingénierie de l’époque.
La construction, marquée par des défis techniques majeurs comme la maîtrise des fondations en milieu aquatique, mobilisa des centaines d’ouvriers et des engins innovants pour l’époque, tels que des chapelets à bras et des batardeaux. Les travaux, minutieusement documentés par Robert Soyer, révèlent les difficultés rencontrées, notamment les infiltrations d’eau et les crues de la Loire. Le pont fut inauguré en 1760 et devint rapidement un symbole de modernité, fréquenté dès son ouverture par des personnalités comme Madame de Pompadour.
Rebaptisé pont George-V en 1914 en hommage au roi britannique pendant la Première Guerre mondiale, il subit des destructions partielles lors des deux conflits mondiaux. En 1940, une arche fut minée par l’armée française, puis reconstruite après 1945 avec des techniques modernes intégrant du béton armé, tout en conservant son apparence d’origine. Aujourd’hui, le pont accueille une voie routière, une piste cyclable, des rails de tramway et un trottoir, tout en restant un élément clé du patrimoine orléanais.
Classé à l’inventaire supplémentaire des Monuments historiques en 1926, le pont George-V est également intégré au périmètre du Val de Loire, inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO. Son histoire reflète les enjeux stratégiques, économiques et symboliques d’Orléans, ville carrefour entre le nord et le sud de la France, ainsi que les mutations des techniques de construction et des usages urbains sur plus de deux siècles.
Les acteurs clés de sa réalisation, comme Jean Hupeau, Robert Soyer, et les élèves-ingénieurs Jean Cadet de Limay et François Lecreux, ont marqué l’histoire des Ponts et Chaussées. Leurs innovations, comme l’abandon progressif de la « règle du cinquième » au profit de piles plus fines, ont influencé les ponts ultérieurs, tels que celui de Neuilly conçu par Perronet. Le pont George-V incarne ainsi à la fois un héritage technique et un symbole de résilience face aux conflits et aux crues de la Loire.
Au-delà de sa fonction pratique, le pont a aussi été le théâtre d’événements symboliques, comme l’installation puis le déplacement de la statue de Jeanne d’Arc, soulignant son ancrage dans l’identité locale. Son rôle dans la navigation fluviale au XIXe siècle, puis son adaptation aux transports modernes (tramway, automobile), illustrent son importance durable dans la vie orléanaise.