Origine et histoire du Pont
Le pont Mirabeau, situé dans le 15e arrondissement de Paris, a été construit entre 1893 et 1896 sous l’impulsion du président Sadi Carnot, qui signa le décret autorisant sa réalisation le 12 janvier 1893. Conçu par l’ingénieur Paul Rabel, assisté de Jean Résal et Amédée Alby, il fut édifié par l’entreprise Daydé & Pillé. Ce pont innovant utilisa pour la première fois à Paris la technique des caissons à air comprimé pour fonder ses piles. Il relie la rive gauche (15e, rue de la Convention) à la rive droite (16e, place de Barcelone), enjambant la Seine avec une arche centrale de 93 mètres, flquée de deux arches latérales de 32,4 mètres.
Le pont rend hommage à Honoré-Gabriel Riquetti, comte de Mirabeau (1749–1791), figure majeure de la Révolution française, dont le nom fut attribué en mémoire de son rôle politique. Classé monument historique le 29 avril 1975, il se distingue par ses quatre statues allégoriques en bronze sculptées par Jean-Antoine Injalbert : La Ville de Paris, La Navigation, L’Abondance et Le Commerce. Ces œuvres ornent les piles en forme de bateaux, symbolisant le lien entre la capitale et son fleuve. Le pont est aussi célèbre pour avoir inspiré le poème Le Pont Mirabeau de Guillaume Apollinaire (1912), devenu un classique de la littérature et de la chanson française.
Lors de la Première Guerre mondiale, un obus tiré par la Grosse Bertha explosa dans la Seine entre les ponts de Grenelle et Mirabeau le 16 juillet 1918, marquant un épisode tragique de l’histoire parisienne. Architecturalement, le pont se caractérise par son ratio longueur/hauteur record (16) à l’époque de sa construction, avec une longueur totale de 173 mètres et une largeur de 20 mètres. Ses escaliers et rampes d’accès aux berges, ainsi que sa proximité avec la gare RER de Javel, en font un ouvrage à la fois fonctionnel et esthétique.
Dans la culture, le pont Mirabeau transcende son rôle d’infrastructure : mis en musique par Léo Ferré, Serge Reggiani, ou Marc Lavoine, il apparaît aussi au cinéma (comme dans Jet Set de Fabien Onteniente, 2000) et dans la littérature, notamment comme lieu du suicide du poète Paul Celan en 1970. Son image, associée à la mélancolie et à la résilience, en fait un symbole durable de Paris.