Origine et histoire du Pont Valentré
Le pont Valentré, aussi appelé pont du Diable, est un pont fortifié du XIVe siècle (et non du XVIe comme mentionné dans certaines sources) franchissant le Lot à Cahors. Construit entre 1308 et 1378 sur décision des consuls de la ville, il servait de forteresse pour défendre Cahors contre les attaques venues du sud, notamment pendant les guerres franco-anglaises. Son architecture unique, avec trois tours carrées à mâchicoulis et six arches gothiques, en fait un exemple rare de pont militaire médiéval. Il n’a jamais été attaqué, ni par les Anglais ni par Henri IV, prouvant son efficacité dissuasive.
La légende locale raconte qu’un pacte avec le Diable aurait accéléré sa construction : le maître d’œuvre, exaspéré par la lenteur des travaux, aurait promis son âme en échange de l’achèvement du pont. Rusé, il demanda au Diable d’aller chercher de l’eau avec un crible à la source des Chartreux, tâche impossible. Furieux, le Diable aurait alors fait desceller chaque nuit la dernière pierre de la tour centrale, prolongeant le chantier sur 70 ans. En 1879, l’architecte Paul Gout y ajusta une pierre sculptée d’un diablotin pour perpétuer la légende.
Classé monument historique dès 1840 et inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO en 1998 (chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle), le pont Valentré est un symbole de Cahors. Rénové au XIXe siècle, il est aujourd’hui réservé aux piétons et attire plus de 250 000 visiteurs annuels. Il figure aussi parmi les grands ponts remarquables du sud de la France, aux côtés du viaduc de Millau ou du pont du Gard.
Son nom viendrait peut-être de balandra (salamandre en occitan), animal associé au Diable, ou de bélandre, un bac à fond plat utilisé avant sa construction. Le pont marqua un tournant économique pour Cahors en créant un nouvel axe est-ouest, remplaçant l’ancienne voie nord-sud. Une chapelle dédiée à la Vierge, dans le châtelet occidental, le protégeait spirituellement.
Représenté sur des timbres français (1955, 2008) et andorrans (1974), le pont inspire aussi les arts : peintures, gravures (Eugène Pujol, Jean Dieuzaide), et une bande dessinée (Le Diable du pont Valentré, 1990). Son image est même reproduite dans le parc France Miniature. Aujourd’hui, il reste un passage emblématique de la Via Podiensis (pèlerinage de Compostelle) et du GR 36.