Origine et histoire du Pont Vieux
Le Pont-Vieux d'Espalion franchit le Lot et n'est aujourd'hui accessible qu'aux piétons. Il est construit en grès rouge, à l'exception des parapets, et comporte quatre travées : trois arches en tiers-point et une dernière en plein cintre en rive droite. L'arche centrale est beaucoup plus large et plus haute que les deux autres, disposition destinée à faire face aux crues rapides du Lot et qui imprime une forte pente à la chaussée. De la rive gauche à la rive droite, les ouvertures mesurent 12,60 m, 15,50 m, 12,55 m et 8,20 m ; les piles ont des épaisseurs respectives de 3,68 m, 3,77 m et 5,85 m, et la largeur du pont est de 4,90 m. Les avant-becs et arrière-becs triangulaires des deux piles centrales remontent jusqu'au parapet et forment, au niveau de la chaussée, des réduits servant d'abris pour les piétons. Sur l'un de ces réduits, au sud-est, se trouve une croix métallique datée de 1728. Trois des arches présentent des archivoltes à triple rouleau dont les deux premiers rouleaux sont d'origine ; l'archivolte supérieure, en saillie de 35 cm et au profil en quart de cercle, résulte d'un élargissement de la chaussée vers 1730, quand celle-ci est passée de 3,66 m à 4,35 m entre les parapets. La dernière arche, en rive droite, a été reconstruite après la suppression du pont‑levis en 1724. La réalisation d'un premier ouvrage à cet emplacement est attribuée à Charlemagne en 780 ; le pont est mentionné pour la première fois dans une charte de donation des seigneurs de Calmont datée de 1060, conservée dans le cartulaire de l'abbaye de Conques. Le passage et le péage du pont, notamment pour le transport du sel depuis la Méditerranée vers l'Aubrac et les fromageries du Cantal, ont joué un rôle déterminant dans l'origine et le développement d'Espalion, qui abritait l'un des principaux entrepôts de sel du Rouergue au Moyen Âge et sous l'Ancien Régime. Les arches les plus anciennes datent du XIIIe siècle, le type d'arche brisée devenant courant en France à partir de cette époque et jusqu'au XVIe siècle. Le pont, de style gothique, était autrefois fortifié : il comportait trois tours — une au milieu et deux aux extrémités — et des ponts‑levis ; la pile de rive droite est plus épaisse car elle supportait la tour d'extrémité. La tour de rive droite a été construite en 1588, la tour de rive gauche et les maisonnettes en encorbellement ont été démolies en 1699 et au début du XVIIIe siècle. Jusqu'au XVIIe siècle, le franchissement du pont entraînait le paiement d'un péage. L'édifice est classé au titre des monuments historiques depuis le 9 mars 1888 et inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO en 1998 au titre des chemins de Saint‑Jacques‑de‑Compostelle en France.