Le Pont Vieux de Saint-Flour, situé dans le quartier du Faubourg en ville basse, est l’un des plus anciens ponts de France. Bien que ses origines remontent au XIe siècle, sa structure actuelle date principalement du XIVe siècle. Il a subi de nombreuses transformations au fil des siècles, notamment des reconstructions partielles comme celle de 1404, utilisant des pierres de maisons voisines détruites. Ce pont en pierre, à arcs de plein cintre et construit en dos-d’âne, franchit l’Ander, un affluent de la Truyère. À l’origine, il comptait cinq arches, dont certaines ne sont plus visibles aujourd’hui. Son rôle était multiple : économique (passage entre les rives), militaire (contrôle de l’accès sud à la ville haute fortifiée) et religieux (présence d’une recluserie).
Au Moyen Âge, le pont était recouvert d’une charpente de bois et abritait une recluserie : une étroite loge où une personne, appelée recluse, s’enfermait volontairement pour prier jusqu’à sa mort. Cette pratique, attestée dès le XIIe siècle, disparut avec la destruction de la recluserie au XVIe siècle. Le pont était aussi un lieu de tensions : en temps de guerre, le Faubourg était souvent saccagé, et en temps de paix, ses tavernes avaient mauvaise réputation. Les restaurations se sont multipliées, notamment après la crue de 1733 et en 1769, tandis que sa chaussée centrale et ses trottoirs latéraux furent aménagés pour les charrettes et piétons.
Classé monument historique en 1946, le Pont Vieux illustre l’ingéniosité médiévale : pour sa construction, le cours de l’Ander avait été détourné. Symbole des échanges entre la ville haute et le Faubourg, il incarne aussi les contradictions de son époque, entre dévotion religieuse (recluserie), violence (saccages, altercations) et résilience (restaurations répétées). Aujourd’hui, il reste un témoignage majeur du patrimoine cantalien, propriété du département et ouvert à la visite.