Origine et histoire des Ponts couverts
Les ponts couverts de Strasbourg forment un ensemble défensif construit entre 1230 et 1250 sur les bras de la rivière Ill pour protéger la ville contre les attaques venues de cette direction. Initiés par les bourgeois strasbourgeois, ces quatre ponts originels (réduits à trois aujourd’hui) étaient initialement couverts de galeries en bois toituées de tuiles, ouvertes vers la ville mais closes et crénelées côté extérieur avec des meurtrières pour l’artillerie. Au XIVe siècle, leurs piliers en bois furent remplacés par des piles en maçonnerie, tandis qu’au XVIe siècle, l’ingénieur Daniel Specklin renforça leur système défensif, complété vers 1570 par des herses en fer pour condamner l’accès fluvial en cas de danger.
Entre 1681 et 1688, l’ingénieur Jacques Tarade érigea en amont le barrage Vauban, conçu d’après les plans de Vauban, pour inonder la zone en cas de siège – une fonction utilisée lors de la guerre de 1870. Les toits des ponts furent retirés en 1784, et les structures en bois reconstruites en pierre en 1865. À l’origine, cinq tours carrées crénelées (8,60 m de côté pour 19 m de haut) jalonnaient les ponts, servant de prisons jusqu’en 1823. Quatre subsistent aujourd’hui, classées monuments historiques depuis 1928, après la destruction de la Malzenturm en 1869. Leur intérieur conserve des graffitis de détenus (500 motifs et 20 dates gravées entre 1530 et 1595), témoignages poignants de leur passé carcéral.
Les tours, dotées de meurtrières en biais et de crénelages, illustraient l’architecture militaire médiévale. La Heinrichsturm (1229) est la mieux préservée, avec une charpente primitive et des cellules de prison exiguës (6,5 m2 en moyenne), tandis que la Hans von Altheimturm fut reconstruite en 1696 après un incendie. La Tour du Bourreau (Henkersturm), réaménagée en 1746, et la Tour des Français complètent cet ensemble. Leur rôle défensif déclina avec la construction du barrage Vauban, mais leur valeur patrimoniale perdure, symbolisant l’histoire militaire et judiciaire de Strasbourg.
Au XIXe siècle, après la fermeture des prisons en 1823, les tours furent partiellement réaffectées avant une restauration des façades entre 1977 et 1981. Aujourd’hui, elles dominent le quartier de la Petite France, classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, et rappellent l’ingéniosité des systèmes défensifs urbains médiévaux, mêlant fonctionnalité militaire, architecture vernaculaire et mémoire carcérale.