Origine et histoire de la Porte Noire
La Porte Noire de Besançon, initialement appelée Porte de Mars, est un arc de triomphe gallo-romain érigé au IIe siècle sous l’empereur Marc Aurèle (161–180). Haut de 16,56 mètres, il était à l’origine recouvert de fines sculptures représentant des divinités grecques et romaines, ainsi que des scènes de combats liées aux guerres marcomanniques (166–180) et aux victoires contre les Parthes (165–166). Les reliefs intérieurs, bien que très dégradés, évoquent la prise de Ctésiphon (capitale parthe) et les batailles contre les peuples germaniques. L’arc commémore aussi le triomphe germanique de 176, associant Marc Aurèle et son fils Commode, promu Auguste en 177.
La datation précise de l’arc a fait débat : initialement située entre 171 et 175, une analyse approfondie des décors propose une construction entre 177 et 180. Son financement pourrait provenir de la cité des Séquanes, du Sénat romain, ou des deux. À l’origine, l’arc marquait l’entrée monumentale de Besançon (Vesontio) pour les voyageurs venant d’Italie, sans être une porte fortifiée. Il était placé à l’extrémité sud du cardus maximus, entre la ville basse et le mont Saint-Étienne (ancien Mons Cælius).
Au IIIe siècle, face aux invasions germaniques, Besançon se dota d’un rempart intégrant l’arc comme porte de ville. Durant le Moyen Âge, il devint une limite symbolique entre le quartier capitulaire (autour de la cathédrale) et l’agglomération s’étendant en contrebas. La pierre utilisée, une pierre de Vergenne tendre et facile à sculpter, s’est cependant révélée vulnérable à l’érosion et à la pollution, effaçant une grande partie des décorations d’origine.
Classée monument historique dès 1840, la Porte Noire a bénéficié de restaurations majeures, notamment en 1827 sous la direction de l’architecte Pierre Marnotte, puis au XXIe siècle (2009–2011), redonnant au monument sa couleur originelle. Son style se distingue par une profusion de reliefs mythologiques (Dioscures, Thésée, Jupiter foudroyant les Géants), rare parmi les arcs gallo-romains, et une structure élancée (16 m de haut pour 2 m de profondeur).
Les scènes historiques identifiables, comme la représentation de Victoria couronnant Tutela (allégorie de la protection de Besançon), soulignent son rôle de propagande impériale. Malgré les dégradations, l’arc reste un témoignage exceptionnel de l’art triomphal romain en Gaule, mêlant symboles militaires et mythologie pour célébrer la pax Romana et la puissance de Rome.