Origine et histoire de la Poterie
La poterie de Cliousclat, située dans le village éponyme de la Drôme Provençale, est un témoignage exceptionnel de l’artisanat céramique traditionnel. Fondée en 1902 par Marius Anjaleras, elle rompt avec le modèle des fours partagés en centralisant toutes les étapes de production (préparation, tournage, cuisson, décoration) sur un même site. Ce projet visait à moderniser la production locale face à la concurrence industrielle, tout en perpétuant des savoir-faire ancestraux. Le site, inscrit aux monuments historiques en 1997, inclut des bassins de décantation, des ateliers, et un four à bois, reflétant une organisation du travail inchangée depuis sa création.
L’activité potière à Cliousclat remonte au moins au Xe siècle, avec des traces écrites confirmant sa vitalité dès le XVIIe siècle. Au XIXe siècle, le village comptait jusqu’à 8 fours actifs, employant directement ou indirectement près d’un tiers de sa population. La poterie Anjaleras, rachetée en 1919 par les fils du fondateur puis transmise à Philippe Sourdive en 1964, a survécu grâce à des adaptations techniques (mécanisation partielle dans les années 1930) et une spécialisation dans la terre vernissée, réputée pour son étanchéité et son aspect brillant. La production, marquée par des pièces utilitaires (assiettes, jarres) et des objets fantaisistes comme les « rossignols » (sifflets en terre cuite), a été documentée dès 1938 dans la revue Art et décoration.
La poterie a cessé son activité en 2012, victime de la concurrence des matériaux modernes, mais a été relancée grâce à une mobilisation locale. Une SCIC (Société Coopérative d’Intérêt Collectif) et des collectivités territoriales ont financé sa restauration, avec des travaux en deux phases (2016 et 2018) pour moderniser les ateliers tout en préservant les méthodes traditionnelles. Aujourd’hui, une équipe de cinq potiers perpétue ce savoir-faire, produisant environ 1 200 tonnes d’argile par an. Le site, ouvert au public, accueille 20 000 visiteurs annuels et organise tous les deux ans un marché des potiers, attirant des artisans locaux et régionaux.
Les étapes de production, inchangées depuis un siècle, débutent par l’extraction et la préparation de l’argile du gisement du Maupas, lavée dans un bourlo (cuve circulaire) avant d’être malaxée. Le tournage, autrefois actionné par les pieds des potiers, est désormais électrifié, mais conserve sa dimension artisanale. Après séchage et décoration à l’engobe (mélange d’argile et d’oxydes colorants), les pièces sont vernies avec de l’alquifoux (vernis minéral importé d’Espagne jusqu’en 1920) puis cuites 18 heures dans un four à bois à 980°C. La cuisson, réalisée une fois par mois, consomme jusqu’à 600 fagots de bois, approvisionnés par les bouscatiers locaux.
Le site, d’une superficie de 1 700 m2, comprend des bâtiments organisés autour d’une cour centrale : ateliers de tournage, séchoirs, four, et bureaux à l’étage. Son architecture et ses équipements (rails pour le transport de l’argile, bassins de décantation) témoignent de l’ingéniosité des potiers pour optimiser la production. Classé monument historique pour son ensemble (bâtiments, cour, bassins), il est aujourd’hui géré par une SCIC et accueille des expositions temporaires. La poterie a également été médiatisée, notamment dans un reportage de La Maison France 5 en 2019, soulignant son rôle dans la préservation du patrimoine artisanal français.
Parmi les pièces emblématiques, les « rossignols » (sifflets en terre cuite) ont été offerts en 1945 au Musée national des Arts et Traditions populaires (aujourd’hui MUCEM). Ces objets, ainsi que les jarres et plats vernissés, illustrent la dualité utilitaire et artistique de la production. La transmission des savoir-faire reste un enjeu majeur, avec des formations dispensées sur place et des événements comme le marché des potiers, qui rassemble une quarantaine d’artisans tous les deux ans. Ce dynamisme culturel et artisanal fait de Cliousclat un lieu vivant, où passé et présent se mêlent pour perpétuer une tradition millénaire.