Origine et histoire
L’hôtel de préfecture de Loir-et-Cher, situé à Blois, trouve son origine dans un couvent des Visitandines fondé au XVIIe siècle. Entre 1635 et 1655, les religieuses édifient les ailes nord et est autour du cloître, suivies par l’aile ouest, l’église (1641-1647), et enfin l’aile sud en 1655. Après la Révolution, le site, confisqué, sert successivement de prison, de magasin militaire, de caserne, d’annexe judiciaire, et même d’asile pour aliénés. Son destin bascule en 1824, lorsque le rétablissement du diocèse de Blois oblige l’administration préfectorale – alors logée dans le palais épiscopal – à trouver un nouveau siège.
Le projet initial de l’architecte Pierre-Jean-Alexandre Pinault, prévoyant la démolition des bâtiments anciens, est abandonné faute d’accord municipal sur le terrain du collège de Bourgmoyen. Finalisée en 1826, la préfecture actuelle s’adosse à l’aile nord du cloître, combinant réemploi et construction neuve. Son architecture sobre, marquée par un avant-corps à double portique (doriques et ioniques) surmonté d’un fronton, illustre le style officiel des années 1830. Le parc arboré à l’arrière et la cour d’honneur, fermée par une grille, complètent cet ensemble, symbole du pouvoir administratif naissant.
L’intérieur, conçu par Pinault et meublé par l’ébéniste Bellangé (fournisseur de la Couronne), allie néoclassicisme et références locales. Le salon bleu abrite deux chaises de Louis XVI, sauvées de Versailles lors du procès de Gracchus Babeuf, tandis que la salle à manger expose des faïences d’Eugène Balon, héritier de la tradition de Ulysse Besnard. Classé monument historique en 1977 pour ses façades, toitures, chapelle, et salons avec leur décor, l’édifice témoigne aussi de l’urbanisation de Blois : son implantation impulse la création d’un quartier administratif (Halle aux Grains, bibliothèque, tribunal).
Parmi ses hôtes illustres figurent la duchesse de Berry, le général de Gaulle, et le prince Charles. Le mobilier du grand salon (18 fauteuils, 2 canapés, 18 chaises) constitue un rare ensemble intact de Bellangé, comparable à ceux des ministères parisiens. Les journées du patrimoine y révèlent chaque année ce patrimoine à la fois national et ancré dans l’artisanat local (décors peints par des artisans du Loir-et-Cher).