Origine et histoire du Prieuré d'Alspach
Le prieuré d'Alspach, situé à deux kilomètres de Kaysersberg dans le val Saint-Jean, fut fondé au début du XIe siècle (vers l'an 1000) par le comte d'Eguisheim Hugues IV et son épouse Heilwige, parents du pape Léon IX. Initialement occupé par des moines bénédictins, il fut affilié en 1049 à la congrégation de Hirsau, une abbaye souabe. Le site fut entièrement reconstruit entre 1138 et 1149 à son emplacement actuel, avec une église dédiée à saint Jean-Baptiste et à la Vierge, consacrée en 1149 par Ortlieb, évêque de Bâle. L’architecture romane de cette période inclut une nef à six travées, des chapiteaux sculptés de feuillages, et un portail orné de billettes.
Entre le XIIe et le XIIIe siècle, les bénédictins consolidèrent leur domaine en acquérant des terres à Kientzheim, Sigolsheim, Ammerschwihr et Colmar. Cependant, l’abbaye de Hirsau, endettée, céda Alspach en 1282 aux clarisses de Kientzheim, soutenues par la reine Anne de Germanie (Gertrude de Hohenberg). Le chœur gothique fut alors agrandi et consacré vers 1283. Les bâtiments conventuels, reconstruits au XVIIIe siècle, abritèrent après la Révolution une manufacture de tissage, puis une cartonnerie au XIXe siècle, entraînant la destruction partielle de l’église.
Classé monument historique en 1898, le prieuré ne conserve aujourd’hui que la nef centrale romane et le collatéral sud, intégrés depuis 2000 dans une cour industrielle. Six chapiteaux sculptés (dont un représentant une dame avec un chevreuil et un renard) furent déplacés au musée Unterlinden de Colmar. Les vestiges, restaurés en 1972 par la société d’histoire de Kaysersberg, servent désormais de salle culturelle. Le nom Alspach provient de la rivière Weiss, autrefois appelée Alenspech, attestée sous les formes Alwisbach (1130) ou Alaspech (1364).
Le site illustre les transformations monastiques médiévales, passant d’un prieuré bénédictin prospère — marqué par des acquisitions foncières et une architecture romane remarquable — à un couvent de clarisses, avant sa reconversion industrielle. Les peintures murales (dont un saint Christophe médiéval aujourd’hui disparu) et les vestiges du cloître témoignent de son riche passé religieux. Après 1794, l’abbaye devint une teinturerie, puis une usine de pâte à bois (Weibel, 1879), avant d’être préservée comme patrimoine local.