Origine et histoire du Prieuré d'Alspach
Le prieuré d'Alspach, situé à deux kilomètres de Kaysersberg dans le Haut-Rhin, présente une histoire complexe et des traditions divergentes quant à ses origines. Selon une source, il aurait été fondé par l'abbaye de Hirsau dans le val Saint-Jean vers 1120 puis reconstruit entre 1138 et 1149 à l'emplacement actuel ; l'église dédiée à saint Jean-Baptiste et à la Vierge fut consacrée en 1149 par Ortlieb, évêque de Bâle. D'autres traditions le font remonter à l'an 1000, fondé par les comtes d'Eguisheim, occupé par des bénédictins et affilié à la congrégation de Hirsau en 1049, puis tenu par des moines jusqu'à la fin du XIIIe siècle. Hirsau vendit le prieuré en 1281 (ou 1282 selon d'autres sources) aux clarisses de Kientzheim ; le chœur fut agrandi et consacré en 1283, peut‑être sous le vocable de sainte Claire. Les bâtiments conventuels furent reconstruits au XVIIIe siècle, et la porte de la maison d'hôtes subsistante porte la date de 1782. Vendue en 1794, l'abbaye accueillit ensuite une manufacture de tissage et une teinturerie à la garance appartenant à J. Barthélemy. La voûte de la nef s'était effondrée avant 1820 et, vers 1828, le bas-côté nord, la partie supérieure du vaisseau central et le chœur gothique furent démolis ; le reste de l'église fut aménagé en séchoir et en teinturerie. En 1879, les frères Weibel installèrent une usine de pâte à bois ; les bâtiments conventuels et deux travées du chœur roman furent détruits, et les nouveaux occupants, contraints de conserver les ruines classées monument historique en 1898, y logèrent un atelier mécanique et une forge. Après la guerre la nef servit de magasin et d'atelier de peinture, et l'usine, connue sous le nom de cartonnerie, demeura active. En 1972, la direction de l'usine céda les vestiges de l'église romane à la Société d'histoire de Kaysersberg ; la nef restaurée est désormais utilisée comme salle culturelle. Avant la Révolution, l'église comprenait un chœur gothique voûté d'ogives, deux travées du chœur roman avec leurs bas-côtés voûtés d'arêtes (initialement pourvus d'une abside et d'absidioles) et une nef de six travées à trois vaisseaux, le vaisseau central présentant six voûtes d'ogives ou d'arêtes et les collatéraux cinq voûtes d'arêtes. D'après l'étude de J. Ph. Meyer, la construction romane s'est déroulée en trois campagnes. Six culots sculptés, déposés au musée de Colmar vers 1869, ont des copies récentes sur place ; une clé de voûte gothique est conservée sur le site. La peinture médiévale monumentale de saint Christophe a disparu, mais des vestiges de peintures de la Renaissance subsistent. Les bâtiments industriels et les maisons des propriétaires, situés dans ou hors de l'ancien enclos, datent du XXe siècle. Le toponyme a évolué au fil du temps, connu successivement sous les formes Alwisbach (1130), Alosbach (1149), Alaspech (1364) et Alenpach (1440). Depuis 2000, les restes de l'église romane sont englobés à l'intérieur d'une cour du complexe industriel d'une cartonnerie (DS Smith).