Origine et histoire du Prieuré de Carluc
Le prieuré de Carluc, situé à Céreste dans les Alpes-de-Haute-Provence, est un ensemble monastique médiéval fondé au début du XIe siècle, avec des aménagements majeurs aux XIIe et XIIIe siècles. Il se développe autour d’une source sacrée et d’une falaise creusée de tombes anthropomorphes et d’habitats rupestres, héritage d’une occupation paléochrétienne. Son emplacement près de la via Domitia – axe majeur reliant l’Espagne à l’Italie – en fit une étape stratégique pour pèlerins et voyageurs, renforcée par la réputation de sainteté de son fondateur.
La première mention écrite du prieuré remonte à une charte de 1011, évoquant un legs à l’abbé Archinric pour la construction d’un monastère dédié à Saint-Pierre. Archinric, contemporain de la reconstruction de la cathédrale d’Apt après les raids sarrasins, serait le rénovateur (sinon le fondateur) du site, où il mourut en 1021. Son culte se développa localement, avec une fête célébrée le 16 février au XIVe siècle. Le prieuré, dépendant de l’abbaye de Montmajour dès le XIIe siècle, administrait une douzaine de prieurés ruraux en Haute-Provence, témoignant de son influence régionale.
Le complexe conserve aujourd’hui une chapelle romane en pierre de taille, caractérisée par un chevet pentagonal orné de frises en damier et des chapiteaux sculptés d’oiseaux. À ses pieds, une galerie rupestre du XIIe siècle – partiellement voûtée et décorée de colonnettes corinthiennes – abritait des tombes creusées dans la roche, reliées à des églises aujourd’hui disparues (Saint-Jean-Baptiste, Saint-Pierre). Des vestiges de muraille, de citernes et d’aménagements troglodytiques complètent cet ensemble, classé Monument historique en 1982 pour sa chapelle et ses restes conventuels.
La nécropole paléochrétienne environnante, explorée dans les années 1960, révèle des sarcophages et des galeries funéraires, suggérant un lieu de pèlerinage précoce autour de martyrs locaux. Le toponyme Carluc, attesté dès 877 sous la forme Karlioco, puise ses racines dans la pierre (Kar) et le bois sacré (lucus), ou le locus monastique. Ce site illustre ainsi la continuité entre cultes antiques, christianisation précoce et organisation monastique médiévale en Provence.
À son apogée, le prieuré de Carluc incarnait un carrefour spirituel et logistique, lié à la via Domitia et aux réseaux monastiques provençaux. Son déclin progressif après le Moyen Âge n’efface pas son rôle dans la structuration religieuse de la région, ni la richesse de son patrimoine rupestre, où se mêlent architecture romane, traditions funéraires et légendes locales.