Origine et histoire du Prieuré
Le prieuré de Château-l'Hermitage est un établissement de l'ordre de Saint-Augustin situé à Château-l'Hermitage, dans la Sarthe ; la chapelle et quatre travées du cloître sont classées au titre des monuments historiques par arrêté du 17 septembre 1964 et le reste des bâtiments est inscrit depuis 1926. L'église priorale Notre-Dame, construite au XIIe siècle grâce aux dons de Geoffroy Plantagenêt, a été édifiée en deux campagnes de grande ampleur. La première campagne a élevé la tour-clocher et la chapelle nord en grès roussard, avec des contreforts puissants soutenant une tour haute de 42 m ; les ouvertures y sont rares et le chœur présente un cul-de-four. La seconde campagne a donné à l'édifice un plan basilical sans transept et, au XIIIe siècle, la nef et le chœur ont été voûtés en croisées d'ogives du gothique angevin, caractérisées par une démultiplication des nervures et des voûtes octopartites formant des motifs étoilés dans les angles du sanctuaire. L'accès se fait par l'ouest, par un portail surmonté d'une baie et de trois niches abritant, de gauche à droite, un saint Sébastien en pierre, une Vierge à l'Enfant en terre cuite très mutilée et un saint Denis en pierre portant sa tête. Dans la nef, une baie s'ouvre sur le mur sud sous la première voûte ; le long du même mur se trouve un rare confessionnal en bois du XVIIe siècle et, en vis-à-vis, une porte mène à un escalier à vis. Une peinture murale datée de 1606 représente saint Christophe portant l'Enfant Jésus parmi de nombreux animaux, avec une barque sur une mer agitée en arrière-plan, une Vierge à l'Enfant et, dans l'angle gauche, un ermite ; l'inscription porte le nom de Christophe de Grasmenil, probablement le commanditaire. Sous la seconde voûte, une porte du mur sud ouvre sur la sacristie et une autre donne accès à la chapelle du XIIe siècle ; la seconde partie de cette voûte conduit au chœur, fermé par une grille en fer forgé du XVIIIe siècle, cantonnée par deux piliers et couronnée d'un vase de fleurs. Cette grille, déplacée au XIXe siècle pour accueillir plus de fidèles, a laissé son ancien emplacement visible dans le sol de la nef ; contre ses piliers sont placées deux statues en terre cuite — saint Joseph avec l'Enfant et saint Denis — toutes deux classées et appartenant autrefois à un groupe sculpté. Sous la troisième voûte, les murs nord et sud portent chacun deux rangées de six stalles dont les miséricordes sont sculptées de motifs laïcs et fantaisistes (porc filant, cygne en moine enseignant un coq et deux poules, animal fantastique portant une tour crénelée, chimère à griffes, etc.). Dans la seconde partie de cette voûte, le mur nord du chœur renferme un enfeu fermé par une grille abritant le gisant de Marie du Bueil, dame du XVe siècle et sœur de Jean V de Bueil ; elle y est représentée allongée, vêtue de ses plus beaux atours, les mains jointes et un chien à ses pieds. Le mur de l'enfeu est orné d'une peinture murale figurant plusieurs personnages rendant hommage à la Vierge à l'Enfant et, au-dessus, une autre peinture montre le prieur René de Daillon en prière devant la Trinité, présenté par saint René ; sur le mur sud une composition contemporaine représente trois prieurs devant une Vierge de Pitié ; ces deux œuvres ont été en partie restaurées au XIXe siècle. Au XVIIIe siècle, un retable étroit afin de laisser passer la lumière des baies a été dressé au fond du chœur ; composé de colonnes, d'entablements et de frontons sculptés, il est couronné d'un dôme à cinq pans et abrite au centre un tableau du XIXe siècle représentant l'Assomption d'après Nicolas Poussin. Sont encore conservés la chapelle du prieuré, une travée du cloître et le gisant de Marie de Bueil. Le prieuré trouve son origine dans un ermitage établi sur la butte de Saint-Thibault, à proximité du village actuel ; les dons d'Hélie de La Flèche, de Foulques le Bel et de Geoffroy dit Plantagenêt furent confirmés en 1146 par l'évêque du Mans Guillaume de Passavant. La première pierre de l'église fut posée en 1144 par Geoffroy V d'Anjou, et l'ensemble fut fortifié pendant la guerre de Cent Ans par des fossés, des archères dans la tour et des bouches à feu percées dans les murs de la chapelle nord pour y installer l'artillerie naissante. Gilles de Rais tenta de prendre le prieuré en combattant Jean de Bueil ; situé entre la Normandie anglaise et la vallée de la Loire, le site fut longtemps l'enjeu de combats, pillages et occupations alternées, notamment entre 1356 et 1370 ; Bertrand du Guesclin participa en 1370 à la bataille de Pontvallain et le prieuré fut incendié à trois reprises au cours de la guerre. Au début du XVe siècle la région fut le théâtre de nombreuses actions militaires, citons la prise de Lude (1427), la tentative de reprise du Mans (1428), la prise de Château-du-Loir (1431) et celle de Saint-Céneri (1433). Au XVIIe siècle le prieuré rejoignit la Congrégation de France (les génovéfains) lors de la réforme des ordres ; les chanoines portaient une robe blanche et un rochet, ainsi qu'un manteau noir hors du couvent, et la période fut marquée par d'importants travaux de décoration et la reconstruction, vers 1680, des bâtiments conventuels au sud et à l'ouest de l'église. Lors de la Révolution, l'inventaire de 1790 mentionne une bibliothèque de 2 800 ouvrages ; une grande partie des bâtiments fut vendue comme bien national à plusieurs propriétaires, dont certains occupèrent les lieux tandis que d'autres démolirent pour vendre les matériaux. Des éléments subsistent néanmoins : une aile du cloître ornée de palmes et de feuillages encadrant le Sacré-Cœur, un pavillon d'angle et la partie basse d'un second pavillon, une portion de l'aile sud des bâtiments conventuels, les piliers de l'entrée du monastère, l'ancienne hostellerie devenue mairie et des communs transformés en appartements le long des anciens remparts (rue Geoffroy Plantagenêt). Au début du XIXe siècle le prieuré fut acheté par Adrien de Mailly ; l'église devint paroissiale en 1842, les descendants vendirent les bâtiments conventuels en 1957, l'église fut cédée en 1982 à André Pottier qui entreprit sa restauration, puis l'association diocésaine du Mans en fit l'acquisition en 2000. Parmi les prieurs réguliers mentionnés figurent Jacques (1439), Adam Moré (1450-1472) et Péan (1486), et les prieurs commendataires recensés comprennent René de Daillon du Lude (1590-1600), Gaspard de Daillon du Lude (1600-1632), Charles Guilloteau (1610), Louis de Monlezun de Busca (1677-1693), Adrien des Champs dit de Morel de Crécy (1731-1744), Jean-Baptiste Cornu (1765) et Jean-Benoît d'Hélyot (1781). Le prieuré possédait des dépendances et revenus divers : reconnaissance d'une rente annuelle de deux septiers de seigle pour le prieuré de Pontvallain, la terre de La Boissière (1450), des métairies telles que Cruchet (à Écommoy) et Beauvais à Saint-Ouen-en-Champagne, le moulin de Morançais à Baux (1733-1773) et des droits de pâturage et de panage dans la forêt de Bercé ; la métairie de Cruchet fit l'objet, en 1765, d'un bail consenti par le prieur Jean-Baptiste Cornu pour 150 livres de ferme.