Origine et histoire du Prieuré de Lartige
Le prieuré Saint-Laurent de l'Artige trouve ses origines au début du XIIe siècle (vers 1100-1130), fondé par deux Vénitiens, Marc et son neveu Sébastien, probablement pèlerins devenus ermites près de Saint-Léonard-de-Noblat. Leur communauté, initialement installée à l'Artige-Vieille, fut victime de violences meurtrières vers 1174-1175, contraignant le cinquième prieur, Hélie, à transférer le prieuré sur le site fortifié du Chalard, rebaptisé l'Artige-Grande. Ce nouvel emplacement, dominant le confluent de la Maulde et de la Vienne, abritait déjà un lieu de culte avant la donation.
La construction ou rénovation majeure du prieuré est attribuée à Hélie, qui érigea une église consacrée en 1198, ainsi que des bâtiments conventuels (réfectoire, dortoir, salle capitulaire). Les sources mentionnent des ruines d’une petite église préexistante, observées par l’historien dom Estiennot vers 1670. L’église actuelle, un long vaisseau unique aux contreforts obliques et voûte en berceau partiellement effondrée, date majoritairement de la fin du XIIe et du XIIIe siècle. Son clocher quadrangulaire, saillant sur la nef, et les trois arcades en arc brisé de l’ancienne salle capitulaire (rez-de-chaussée) illustrent l’architecture romane tardive et gothique primitive du site.
Le prieuré connut des destructions répétées (guerre de Cent Ans, guerres de Religion) et fut vendu comme bien national lors de la Révolution. Au XIXe siècle, un mur de soutènement fut ajouté dans l’église, tandis que des aménagements ultérieurs (XIXe-XXe siècles) modifièrent certaines ouvertures. Parmi les éléments remarquables subsistants figurent une tour circulaire ornée des armes de la famille de Bony de Lavergne (XVe-XVIe siècles), prieurs de l’Artige, et des traces de décor peint sous les enduits, datées de la fin du XIIIe siècle. L’aile occidentale, ancienne réfectoire transformée en logement, conserve des portes médiévales et des corbeaux ayant soutenu les galeries du cloître.
Le site, partiellement classé Monument Historique (1926 et 1989), comprend aujourd’hui les vestiges de l’église, trois arcades de la salle capitulaire, la tour aux armes des Bony, et l’aire du cloître. L’absence du quatrième côté sud de la cour carrée laisse planer un doute sur son achèvement. Une plaque émaillée, conservée à Varsovie, atteste d’une dédicace d’autel en 1267, confirmant l’activité cultuelle du prieuré à cette date.