Frise chronologique
1069
Première mention écrite
Première mention écrite
1069 (≈ 1069)
Église paroissiale dédiée à la Vierge citée.
1082
Élection du premier prieur
Élection du premier prieur
1082 (≈ 1082)
Autonomie face aux pouvoirs laïcs et religieux.
25 octobre 1151
Consécration de la collégiale
Consécration de la collégiale
25 octobre 1151 (≈ 1151)
Agrandissement avec tribune et cloître, par l’évêque d’Elne.
1593
Sécularisation du prieuré
Sécularisation du prieuré
1593 (≈ 1593)
Rattachement à la cathédrale de Solsona (Espagne).
1819
Effondrement partiel
Effondrement partiel
1819 (≈ 1819)
Partie occidentale de l’église détruite.
1875
Classement Monument Historique
Classement Monument Historique
1875 (≈ 1875)
Protection de l’État français.
1906-2014
Campagnes de restauration
Campagnes de restauration
1906-2014 (≈ 1960)
Toiture, façade, anastylose de la balustrade.
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui (≈ 2025)
Position de référence.
Patrimoine classé
Eglise : classement par liste de 1875
Personnages clés
| Pierre Bernard - Prieur au XIIe siècle |
Supervise l’agrandissement de l’église avant 1151. |
| Artal - Évêque d’Elne |
Consacre la collégiale en 1151. |
| Marcel Durliat - Historien de l’art |
Prouve l’origine locale de la tribune (années 1970). |
| Henri Jonquères d’Oriola - Propriétaire privé (début XXe) |
Finance les premières restaurations (dès 1906). |
| Sylvain Stym-Popper - Architecte-restaurateur |
Reconstitue la façade occidentale (1969). |
| Prosper Mérimée - Inspecteur des Monuments Historiques |
Visite le site en 1834, critique les chapiteaux. |
Origine et histoire
Le prieuré Sainte-Marie de Serrabona, fondé au début du XIe siècle par des chanoines augustiniens sous l’impulsion du vicomte de Cerdagne, s’implante sur un site montagneux près de Boule-d’Amont (ancienne commune de Serrabonne). La première mention écrite date de 1069, évoquant une église paroissiale dédiée à la Vierge. En 1082, les religieux élisent leur premier prieur, marquant l’autonomie du prieuré face aux pouvoirs comtal et épiscopal, dans un contexte de réforme grégorienne.
L’église est agrandie au XIIe siècle : nef voûtée en berceau, transept, chevet semi-circulaire, et cloître à galerie unique (adapté au rocher abrupt) sont ajoutés. La nouvelle collégiale, consacrée en 1151 par l’évêque d’Elne, intègre une tribune-jubé en marbre rose, chef-d’œuvre sculptural contemporain de l’agrandissement. Son décor, mêlant motifs végétaux, animaux fantastiques et symboles religieux (tétramorphe, Agneau pascal), témoigne de l’influence des ateliers roussillonais liés à l’abbaye Saint-Michel de Cuxa.
Le prieuré décline dès le XIIIe siècle, miné par l’individualisme des chanoines et la sécularisation des biens ecclésiastiques. En 1593, le pape le rattache à la cathédrale de Solsona (Espagne), mettant fin à son statut de collégiale. Abandonné, l’édifice subit des dégradations : effondrement partiel en 1819, réutilisation de la tribune comme grenier, et vol de chapiteaux (comme ceux du portail Nord, remplacés en 2000). Classé Monument Historique en 1875, il est restauré au XXe siècle, avec la reconstitution de la façade occidentale (1969) et l’anastylose de la balustrade de la tribune (2014).
Le site, acquis par le département des Pyrénées-Orientales en 1956, est aujourd’hui protégé dans son environnement naturel. Son isolement (600 m d’altitude, accès pédestre final) et son architecture hybride (schiste local, marbre de Villefranche) en font un témoignage unique de l’art roman catalan. Les chapiteaux du cloître, sauvés in extremis au XIXe siècle, et la tribune-jubé – seule structure de ce type conservée en Roussillon – illustrent le rayonnement des ateliers de Cuxa et Serrabone entre 1130 et 1155.
Les fouilles et études récentes (notamment celles de Marcel Durliat et Olivier Poisson) ont confirmé l’unité stylistique du décor sculpté, lié aux carrières de Bouleternère. La tribune, initialement controversée pour son apparente disproportion avec l’église, est désormais reconnue comme une création originale pour le site. Son iconographie, inspirée des ambons italiens et des jubés clunisiens, reflète une synthèse des influences toscanes, espagnoles et languedociennes propres au Roussillon du XIIe siècle.