Origine et histoire du Prieuré du Bourget
Le prieuré Saint-Maurice du Bourget, fondé au XIe siècle par Saint-Odilon de Cluny, fut l’un des établissements monastiques les plus prospères de Savoie grâce au soutien de la Maison de Savoie. Dédié à saint Maurice, patron de cette dynastie, il bénéficia de privilèges étendus et de donations, dont celles du comte Thomas II. Les ruines de son château, situées à proximité, témoignent de cette alliance. Le prieuré abritait initialement sept moines bénédictins et devint un lieu de villégiature pour les comtes, qui y possédaient une loge privée pour assister aux offices.
L’architecture actuelle, principalement gothique, date des XIIIe et XVe siècles, bien que la crypte Notre-Dame-la-basse, vestige roman du XIe, subsiste encore. Cette crypte semi-circulaire, ornée de voûtes en cul-de-four, abrite des inscriptions dédiées à Mercure, suggérant une réutilisation d’un ancien temple païen. Au XIIIe siècle, les comtes de Savoie financèrent la reconstruction de l’église et du cloître, dont la galerie Montmayeur, décorée de chapiteaux armoriés, illustre l’influence des familles nobles locales. Le jubé sculpté du chœur, chef-d’œuvre polychrome du XVe, représente des scènes de la vie du Christ dans un style bourguignon.
Le prieuré connut un âge d’or au XVe siècle sous l’impulsion de la famille de Luyrieu, qui y plaça trois prieurs successifs. Aynard de Luyrieu, puis ses neveux Oddon, entreprirent une rénovation complète de l’église et du cloître, ajoutant des blasons familiaux et des éléments gothiques flamboyants comme l’escalier à vis classé. Les Luyrieu, apparentés à la maison de Savoie, marquèrent durablement le site, leur devise Belle sans blâme et leurs armes (d’or au chevron de sable) ornant chapiteaux et vitraux. La bibliothèque, avec ses cuirs de Cordoue dorés, et la salle capitulaire dédiée à saint Claude témoignent de cette période faste.
Le déclin commença au XVIe siècle avec le transfert du prieuré aux Jésuites (1582), puis aux Franciscains (1773), avant sa vente comme bien national pendant la Révolution. Transformé en grange puis en résidence privée, il fut sauvé au XXe siècle par des mécènes : J. Barut, qui fit classer une partie des bâtiments en 1900, et Lucy Tate, duchesse de Choiseul-Praslin, qui restaura les jardins à la française. Depuis 1952, la commune en est propriétaire et y organise des événements culturels, comme le festival Les Voix du Prieuré.
Les fouilles et études ultérieures, comme celles du médiéviste Laurent Ripart, ont révélé que la fondation légendaire par Odilon de Cluny en 1030 était probablement un faux médiéval. Les archives suggèrent plutôt une création entre 1042 et 1045 sous l’impulsion du comte Amédée Ier de Savoie, dans le contexte de l’expansion clunisienne en Europe. Le prieuré, classé Monument Historique (1900 pour l’église, 1910 pour le cloître), reste un témoignage rare de l’art roman et gothique en Savoie, mêlant histoire religieuse, pouvoir comtal et patrimoine artistique.