Origine et histoire du Prieuré Notre-Dame de Longefont
Le prieuré Notre-Dame de Longefont fut fondé vers 1110 par Pierre Isambert, seigneur de Cors, qui en fit don à Robert d'Arbrissel, fondateur de l'ordre de Fontevraud. Initialement nommé Abbatia Longi Fontis (abbaye de la Grande-Fontaine), ce prieuré féminin s'implanta dans une boucle de la Creuse, sur des terres offertes par la noblesse locale. L'église, édifiée après 1140, adopta un plan simple avec nef unique et chœur en hémicycle, caractéristique de l'architecture romane monastique.
Un incendie criminel ravagea le prieuré en 1638, épargnant seulement l'église mais contraignant les religieuses à une errance de dix ans entre les châteaux de Cors et d'Argenton-sur-Creuse. La Révolution française scella son sort : fermé en 1792, vendu comme bien national en 1793-1796, l'édifice tomba en ruine jusqu'à l'effondrement de sa voûte en 1830. Les chapiteaux romans et fresques furent alors ensevelis sous les décombres, tandis que les bâtiments conventuels furent partiellement démolis ou réaménagés.
Au XIXe siècle, Prosper Blanchemain acquit le domaine en 1853 et transforma le manoir prieural en un petit château néogothique, ajoutant tourelles et surélévations. Son fils, Paul Blanchemain, héritier du lieu, l'intégra ensuite à sa propriété de Castel-Biray. Ce n'est qu'au début des années 2000 que François et Agnès Chombart de Lauwe entreprirent une restauration majeure de l'église, exhumant chapiteaux, colonnes et autel après huit ans de travaux (2007-2015). Leur engagement, financé à 70 % sur fonds propres, leur valut le Grand Trophée de la plus belle restauration en 2016.
Aujourd'hui, le site conserve des vestiges emblématiques : le manoir prieural du XVIIIe siècle, la maison du confesseur surplombant la Creuse, une grange des XVIIe-XVIIIe siècles, et les traces du cloître. L'église, désormais dédiée à sainte Philomène, arbore des vitraux bleus évoquant l'eau, en hommage à une fille des propriétaires décédée en 1998. Le prieuré illustre ainsi une histoire millénaire, marquée par la foi, les bouleversements politiques et la passion patrimoniale.
Les fouilles et études récentes ont mis au jour des éléments remarquables, comme un jubé des XVIe-XVIIIe siècles ou un cadran solaire médiéval gravé sur pierre. Ces découvertes, couplées à la restauration des fresques et de la fontaine bleue, offrent un témoignage rare de la vie monastique fontevriste en Berry. Le prieuré, ouvert à la visite, incarne désormais la résilience d'un patrimoine sauvé de l'oubli par l'action conjuguée de l'État (classement de 2007) et de mécènes privés.