Frise chronologique
783/785
Fondation légendaire
Fondation légendaire
783/785 (≈ 785)
Donation par Roger de Limoges à Charroux.
1180
Attaque de Ventadour
Attaque de Ventadour
1180 (≈ 1180)
Pillage par Ebles IV et mercenaires.
1243
Statut de prieuré
Statut de prieuré
1243 (≈ 1243)
Perte du titre d’abbaye après conflits.
1375
Siège de Louis II de Bourbon
Siège de Louis II de Bourbon
1375 (≈ 1375)
Destruction partielle pendant la guerre de Cent Ans.
1450
Reconstruction du chevet
Reconstruction du chevet
1450 (≈ 1450)
Travaux sous Martin de Mauriac.
1657
Réforme mauriste
Réforme mauriste
1657 (≈ 1657)
Restauration par les bénédictins de Saint-Maur.
1840
Classement Monument Historique
Classement Monument Historique
1840 (≈ 1840)
Première protection officielle de l’église.
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui (≈ 2025)
Position de référence.
Patrimoine classé
Eglise abbatiale : classement par liste de 1840 - Salle capitulaire (sacristie) et tour ronde du presbytère : classement par arrêté du 15 juillet 1919 - Bâtiments conventuels et vestiges non encore classés ; sol des parcelles AP 156 et AP 280 ; partie occupée par l'ancien cimetière (cf. plan joint à l'arrêté) : classement par arrêté du 26 mai 2000
Personnages clés
| Roger de Limoges - Comte et donateur |
Fonde le monastère avec Euphrasie (charte de 783/785). |
| Hugues de Mirabel - Seigneur usurpateur |
S’empare des biens du prieuré au XIIIe siècle. |
| Martin de Mauriac - Prieur reconstructeur |
Dirige les travaux du chevet avant 1427. |
| Charles de Rochefort - Seigneur protestant |
Soutient Henri de Navarre, meurt en 1591. |
| François de La Fayette - Prieur mauriste |
Introduit la réforme de Saint-Maur en 1657. |
| Anatole de Baudot - Architecte-restaurateur |
Remplace la toiture en bardeaux (1841). |
Origine et histoire
Le prieuré Saint-Michel-des-Anges, situé à Saint-Angel en Corrèze (Nouvelle-Aquitaine), trouve ses origines dans une charte de 783 ou 785, où le comte Roger de Limoges et son épouse Euphrasie cèdent l’église dédiée à saint Michel et son castrum adjacent à l’abbaye de Charroux. Bien que cette charte soit contestée pour ses anachronismes (certaines dépendances citées dateraient du IXe ou XIe siècle), elle atteste d’une fondation ancienne, peut-être liée à une donation de Charles Martel pour financer des campagnes militaires contre les Sarrazins. Sous la protection du Saint-Siège de 1050 à 1211, Saint-Angel évolue d’un monastère dirigé par un abbé à un prieuré dépendant de Charroux après 1243, suite à des conflits avec les seigneurs de Mirabel.
Au Moyen Âge, le prieuré subit deux crises majeures : en 1180, il est attaqué par des mercenaires d’Ebles IV de Ventadour, puis en 1375, ravagé par les troupes de Louis II de Bourbon pendant la guerre de Cent Ans. Les incendies de 1412 et 1425, ainsi que les pillages des guerres de Religion (notamment en 1594 sous le prieur protestant René de L’Age), marquent son déclin. Malgré ces destructions, des reconstructions partielles ont lieu, comme celle du chevet avant 1450 par les prieurs Martin et Jean de Mauriac, ou la voûte de la nef à la fin du XVe siècle, ornée d’armoiries des familles Ventadour et Plas.
Au XVIIe siècle, les bénédictins de la congrégation de Saint-Maur restaurent le monastère à partir de 1657, malgré l’opposition de l’abbé de Charroux. Sept moines mauristes s’y installent en 1664, réaménageant les bâtiments conventuels (aile sud, écurie) et la façade occidentale. Les conflits avec les seigneurs locaux, comme les Rochefort (convertis au protestantisme) ou les Clary (qui s’emparent des symboles féodaux comme les girouettes en 1656), perdurent jusqu’au XVIIIe siècle. À la Révolution, cinq moines y résident encore.
L’architecture du prieuré reflète ces phases successives : la nef romane (fin XIIe siècle) conserve des murs extérieurs remaniés, tandis que le chevet à cinq pans, la salle capitulaire (XVe siècle), et les voûtes de la nef (fin XVe) témoignent des reconstructions gothiques. Les mauristes ajoutent au XVIIe siècle une aile sud avec infirmerie et une tour carrée, aujourd’hui disparue. Classé Monument Historique dès 1840, le site bénéficie de restaurations, comme celle d’Anatole de Baudot qui remplace les bardeaux par une toiture d’ardoise.
Les fouilles et études architecturales (notamment en 1998) ont identifié six campagnes de travaux entre 1100 et le XVIe siècle, incluant un possible rond-point de colonnes néo-corinthiennes vers 1100. Les chapiteaux, les baies similaires à celles de l’abbatiale de Meymac, et les blasons des clefs de voûte (armoiries de France, Ventadour, Plas) illustrent ces influences stylistiques. La tour ronde, peut-être antérieure au XVe siècle, et les vestiges du cloître (sans galeries) complètent cet ensemble, partiellement détruit avant 1811.
Le prieuré abrite des reliques attribuées à saint Gaudence de Brescia et saint Aubin d’Angers, probablement transférées lors des invasions normandes. Son histoire est aussi marquée par des familles seigneuriales locales : les Mirabel (protecteurs puis usurpateurs au XIIIe siècle), les Rochefort (seigneurs de Saint-Angel du XIVe au XVIIe siècle, dont Charles, converti au calvinisme), et les Clary (en conflit avec les moines jusqu’en 1752). Ces dynamiques reflètent les tensions entre pouvoir laïc et religieux en Limousin.