Origine et histoire de la Primatiale Sainte Trophime
La basilique primatiale Saint-Trophime d’Arles, édifiée à partir de 1100 sur des vestiges antiques, incarne l’apogée de l’art roman provençal. Sa nef de cinq travées voûtées en berceau brisé, flanquée de bas-côtés étroits, date du milieu du XIIe siècle, tandis que le chœur et le déambulatoire, de style gothique, furent ajoutés au XVe siècle. Le clocher carré, reconstruit au XIIIe siècle puis modifié au XVIIe, domine une croisée de transept surmontée d’une coupole. Le portail historié (1180–1190), joyau sculptural inspiré de l’Antiquité, représente le tétramorphe et des scènes bibliques, faisant écho à l’abbaye de Saint-Gilles.
Adossé à l’église, le cloître Saint-Trophime (XIIe–XIVe siècles) se distingue par ses galeries romanes (nord et est), ornées de sculptures de la seconde moitié du XIIe siècle, et ses galeries gothiques (sud et ouest), achevées sous l’épiscopat de Jean de Rochechouart (1390–1398). Classé monument historique dès 1840, l’ensemble intègre aussi des sarcophages paléochrétiens (IVe–Ve siècles) et des tapisseries d’Aubusson (XVIIe siècle) illustrant la vie de la Vierge. Saint-Trophime, siège de l’archidiocèse jusqu’en 1789, fut érigée en basilique mineure en 1882 par Léon XIII, après avoir été un temple de l’Être suprême pendant la Révolution.
La nef, longue de 40 mètres, révèle des marques de tâcherons et des voûtes reposant sur des doubleaux à ressauts, caractéristiques du XIIe siècle. Sous ses premières travées, des fouilles ont mis au jour des vestiges antiques ou alto-médiévaux, peut-être un entrepôt ou une crypte carolingienne détruite au XVe siècle pour laisser place au chœur gothique. Ce dernier, commandé par le cardinal Pierre de Foix (1454–1464), comprend un déambulatoire et huit chapelles rayonnantes, tandis que des modifications ultérieures, comme la chapelle des Rois (1620), reflètent l’évolution des usages liturgiques.
Le mobilier, en partie dispersé à la Révolution, a été reconstitué au XIXe siècle sous Henri-Antoine Révoil, avec des œuvres issues d’églises supprimées. Parmi les pièces majeures figurent une Vierge à l’Enfant de Leonardo Mirano (1619), des sarcophages paléochrétiens (dont celui de Paulus Geminius, Ve siècle), et une Mise au tombeau du XVIe siècle. Les vitraux, restaurés après 1944, illustrent des saints locaux (Trophime, Étienne) et des scènes mariales, tandis que le cloître, classé en 1846, inspire même un timbre postal en 1935.
Saint-Trophime incarne aussi l’histoire religieuse d’Arles : primitive cathédrale des Gaules, elle abritait les tombes des archevêques depuis Raimond de Montredon (1160). Son déclin institutionnel, acté par le Concordat de 1801, ne lui fit pas perdre ses titres honorifiques. Prospér Mérimée la classa parmi les premiers monuments historiques en 1840, et l’UNESCO l’inscrit en 1981 au patrimoine mondial, soulignant son rôle dans l’art roman méditerranéen et son dialogue avec les vestiges antiques de la ville.