Origine et histoire du bastion Saint-André
Le bastion Saint-André est un élément clé des fortifications d’Antibes, édifié à la fin du XVIIe siècle sous l’impulsion des ingénieurs militaires Vauban et Antoine Niquet. Il s’inscrit dans un vaste programme de modernisation des défenses côtières de la Provence, alors frontière stratégique du royaume de France face au duché de Savoie. Ce bastion, achevé vers 1710, intégrait des innovations comme des casemates, des glacis et des magasins à poudre, tout en entraînant la destruction de vestiges antiques, dont un amphithéâtre romain encore visible en 1608.
Les origines des fortifications d’Antibes remontent à l’Antiquité tardive, avec une enceinte romaine remaniée au Moyen Âge. Au XVIe siècle, Henri II puis Henri IV initièrent des renforcements, comme le fort Carré ou l’enceinte bastionnée conçue par les ingénieurs Raymond et Jean de Bonnefons entre 1603 et 1611. Ces travaux visaient à sécuriser la frontière provençale, alors vulnérable aux incursions savoyardes. Les plans de Raymond de Bonnefons, contestés par Guillaume du Vair qui prônait une concentration des efforts sur Toulon, furent finalement validés par Sully en 1600.
Vauban joua un rôle décisif dans l’évolution du site lors de ses inspections de 1682 et 1693. Son premier voyage, commandé par Colbert, se focalisa sur le port, dont le creusement (achevé en 1685) fut compromis par un envasement nécessitant des corrections. En 1693, il proposa avec Niquet de renforcer le front de mer, menant à la construction du bastion Saint-André, de casemates et d’autres infrastructures militaires entre 1693 et 1710. Ces aménagements s’accompagnèrent de la démolition partielle des remparts terrestres au XIXe siècle, après le déclassement de la place en 1889 et l’annexion du comté de Nice à la France en 1860.
Au XXe siècle, le bastion Saint-André fut reconverti en musée archéologique en 1963, abritant une collection initiée par Romuald Dor de la Souchère, premier conservateur du musée Grimaldi. Ce monument, inscrit aux Monuments Historiques depuis 1930, illustre l’évolution des techniques de fortification françaises, des ingénieurs de la Renaissance à Vauban, ainsi que les enjeux géopolitiques de la Provence pré-moderne.
L’enceinte originale comportait trois fronts distincts : le front de mer avec quatre bastions (Rosny, Guise, Royal, Dauphin), le front du port centré sur le bastion de la Marine, et le front de terre, partiellement démoli au XIXe siècle. Parmi les vestiges conservés figurent la porte Royale (classée en 1928), le bastion Saint-André en moellons, et des éléments du front maritime, comme la porte Marine ou le bastion Saint-Jaume. Ces structures témoignent des adaptations successives aux besoins militaires et urbains, depuis les conflits religieux du XVIe siècle jusqu’à la perte de leur utilité stratégique après 1860.