Origine et histoire de la Rue de la Paix
La rue de la Paix, située dans les 1er et 2e arrondissements de Paris, trouve son origine dans la destruction du couvent des Capucines, fondé en 1604 par Marie de Luxembourg sous Henri IV. Ce couvent, initialement construit dans le faubourg Saint-Honoré, fut déplacé en 1686 pour laisser place à la place Vendôme, sur ordre de Louis XIV. Les religieuses s’y installèrent jusqu’à leur expulsion en 1790 pendant la Révolution, le site devenant ensuite un hôtel des Monnaies et un cirque.
Le percement de la rue fut décrété par Napoléon en 1806 sous le nom rue Napoléon, avant d’être rebaptisée rue de la Paix en 1814 pour célébrer le traité de paix signé après l’abdication de Napoléon Ier. Son tracé reliait la place Vendôme au boulevard des Capucines, traversant un quartier en pleine mutation. Les ossements exhumés lors des travaux, dont ceux de la reine Louise de Lorraine et de la marquise de Pompadour, furent transférés aux catacombes ou à Saint-Denis.
Dès le début du XIXe siècle, la rue devint un haut lieu du luxe et de l’élégance. Marie-Antoine Carême y ouvrit sa première pâtisserie en 1829, tandis que des maisons de haute couture (Worth, Paquin, Grès) et des joailliers (Cartier, Mellerio, Van Cleef & Arpels) s’y installèrent. L’arrivée de l’Opéra Garnier en 1861 renforça son prestige, attirant une clientèle internationale aisée. Les hôtels meublés, comme le Westminster ou le Park Hyatt, et les parfumeries (Roger & Gallet, Grenoville) en firent une vitrine du savoir-faire français.
La rue est aussi marquée par des événements culturels : elle inspire le plateau du Monopoly (depuis 1935) comme la case la plus chère, et apparaît dans des films (Drôle de frimousse, Signé Arsène Lupin). Son pavé cache encore, selon certaines sources, des tombes non exhumées, comme celle de la marquise de Pompadour sous le numéro 3. Aujourd’hui, elle incarne le luxe parisien, avec un mètre carré estimé à plus de 18 000 euros en 2023.
Architecturalement, la rue se distingue par ses immeubles du XIXe siècle, comme celui des architectes Mesnard et Rouillère (no 3, 1854) ou la joaillerie Vever (no 14, 1907). Les façades abritent des décors Art nouveau (magasin Linzeler par Louis Süe, 1923) et des traces d’histoire, comme l’ancien hôpital Worth (no 7) pendant la Première Guerre mondiale. Son éclairage au gaz, installé en 1829, symbolisait alors la modernité parisienne.